06.05.2011

Mannix

En ce moment, j’essaie d’initier TiNours à mes voyages dans le temps via les séries oubliées. Comme beaucoup de monde, j’ai été marqué dans mon enfance par certaines d’entre elles. Françaises aussi bien qu’américaines, d’ailleurs. C’est toujours très amusant de les revoir, parce qu’outre le « bain de jouvence » que nous font prendre, paradoxalement, les images vieillies, la musique un peu surannée, on a un regard plus décalé qu’à l’époque, à la fin des années 60, au début des années 70. Pour deux raisons : d’abord on n’est plus un enfant, donc les ficelles paraissent plus grosses. Ensuite, et c’est cela qui est encore plus intéressant, la vie, et surtout la représentation de la vie à l’écran ont changé.

 

« Mannix » avait été imaginé, au départ, en 1966, pour enchaîner à la télévision sur le succès qu’avait au cinéma la figure dui policier solitaire à la Humphrey Bogart, dans les films « noirs » (et en noir et blanc) des années 50. D’ailleurs, comme d’autres (‘Chapeau melon et bottes de cuir’, ‘Ma sorcière bien-aimée’ la série se situe à la charnière entre le passage du noir et blanc à la couleur. D’autre part, Mannix était aussi le précurseur de cette génération de flics indépendants qui firent fureur dans les années 70 : Mike Hammer, Magnum, et j’en passe.

 

Joe Mannix, incarné par Mike Connors, est donc un privé à Los Angeles, qui a pris son indépendance par rapport à ‘Intertect’, l’organisation dont il dépendait dans la première saison. Il a une secrétaire noire, jouée par Gail Fisher. Il est séduisant, têtu, et aime son autonomie. Malgré le milieu dans lequel il évolue, il n’est jamais cynique ni désabusé. Il conduit toujours de très belles voitures de sport. La série exploite à fond les thèmes chers à l’époque : flics pourris, avocats véreux, milliardaires excentriques, meurtres déguisés en suicides, coupables innocents, victimes de chantage, etc.

 

Ce que j’ai trouvé fascinant l’autre jour, en regardant certains épisodes avec TiNours, c’est donc ce « décalage » qui s’est instauré entre la représentation de ces enquêtes à l’écran, et celle qu’on en donne aujourd’hui, dans les nouvelles séries. La question n’est bien sûr pas de savoir si ce reflet est fidèle, mais de voir de quelle façon il a évolué. Je glisse sur le fait que les ordinateurs de l’époque sont mastodonesques, que Mannix brandit triomphalement une carte perforée de petits trous représentant son nom, et que les téléphones sur les bureaux tintinabulent joyeusement, à une époque où personne n’aurait eu  l’idée de sortir son bip-bip portable de sa poche pour le coller à l’oreille. Ce qui est plus subtil, c’est l’attitude des acteurs : d’abord ils fument tous comme des pompiers (là encore, un héritage de Bogart ?), à l’extérieur et dans les bureaux, à croire qu’il n’y a qu’ainsi qu’on peut affirmer sa virilité. Ensuite, les femmes (dans les rôles de figurantes sans importance) ont toutes des têtes choucroutées de poupées Barbies (ça, passe encore, c’était la mode) mais surtout elles agissent comme telles : elles ont des voix de crécelle d’idiote du village, et elles agissent comme si elles avaient une cacahuète à la place du cerveau. Surtout, ce qui m’a le plus fait ouvrir de grands yeux, c’est que les mecs les traitent comme telles. Après une bagarre avec Mannix où un méchant s’est fait étendre au sol, sa petite amie se précipite sur lui en larmoyant « Chéri, il t’a fait mal ? » et lui sans répondre, la repousse si rageusement qu’elle tombe par terre, et Mannix ne la relève même pas ! Même de la part d’un méchant, c’est choquant. De nos jours, une scène pareille dans une série, ça ne passerait pas. Je n’arrive à imaginer la scène qu’avec une fille méchante et agressive, qui menacerait Mannix avec une kalashnikov, pendant que le méchant essuierait les traces d’ADN laissées dans l’appart, par négligence.

 

Ca semble venir de très très loin, ça fait terriblement  vieillot, et pourtant, ça me donne l’impression d’avoir à nouveau cinq ans. C’est là tout le paradoxe.

 

Le plus grand plaisir, c’est le générique. Dans la lignée des « Mission impossible » et « Hawaii Police d’état ». Je ne m’en lasse pas !