06.11.2011
Je sens que je vais pleuvoir...
Quand, suite à l’annonce de sa mutation depuis le Nord, TiNours était descendu pour chercher un appart sur Montpellier (le 22 septembre 2003, pour être précis) il avait été accueilli par des bourrasques de vent, des trombes d’eau, un lac artificiel créé exprès pour lui sur la place de la gare, et des gens affolés qui cherchaient à regagner leur domicile en pagayant dans leurs voitures... j’exagère à peine ! Le lendemain, le soleil brillait mais les visites auprès d’agences immobilières se soldaient invariablement par des : « Mon bon Monsieur, on est occupés à récupérer nos PC au sèche-cheveux, et à balayer la boue, nos boîtes à fichiers ressemblent à des marmites de soupes Knorr, alors on ne va pas vraiment pouvoir être opérationnels ! »
A cela se rajoutait la difficulté congénitale à trouver un appartement à louer sur Montpellier. C’était un peu la déprime pour mon z’Hom à moi. Mais enfin, bref, tout cela s’était heureusement bien terminé : il avait déniché par hasard un F3 bien situé, qui s’était libéré la veille, par un coup de chance incroyable.
Bref, cette météo peu accueillante était prémonitoire. Non pas de l’hospitalité montpelliéraine en général, dont nous n’avons jamais eu à nous plaindre par la suite, mais de ces déluges d’équinoxes, qui sont plus marqués en automne qu’au printemps, chez nous. J’aime le mot « équinoxe » même s’il n’est pas lié directement à la pluie. Je le trouve poétique. TiNours, lui, préfère parler d’ « épisode cévenol », et il a raison, c’est plus précis, plus exact. Ces derniers jours, nous avons navigué d’équinoxeries en cévenolités, et ramé entre tempêtes et moussons.
A quoi c’est dû, au fait, ces déluges en automne et (dans une moindre mesure) au printemps ? Eh bien c’est assez simple : à la fin de l’été (même et surtout s’il a duré longtemps) l’air chaud accumulé au-dessus de la Méditerranée remonte dans le Golfe du Lion (c’est ce que la dame Météo appelle invariablement ‘les entrées maritimes’ : une belle cochonnerie !), un phénomène récurrent ici mais qui a une forte ampleur en automne. L’air chaud et humide rencontre donc en altitude l’air froid du Nord, rendant l’atmosphère très instable et orageuse. Là encore, ça n’a rien que de très banal. Mais la présence de la barrière des Cévennes fait que les précipitations, au lieu de s’évacuer, vont buter sur le relief et revenir en arrière, puis en avant, tourner en rond, quoi. Et, ce faisant, le nuage se reforme constamment et va déverser en boucle des cataractes d’eau sur une région géographique circonscrite entre mer et montagne : l’Hérault, le Gard, la Lozère. Cela peut aussi, bien sûr, affecter d’autres départements, à l’est ou à l’ouest : le Vaucluse, les Pyrénées orientales. En ce moment même, selon les informations, c’est le Var qui est très touché, notamment à Brignolles.
Le résultat, ça peut être des inondations catastrophiques, comme à Valleraugue, petit village cévenol, en 1900, ou, plus récemment, à Nîmes en 88, à Vaison la Romaine en 92, ou encore à Sommières en 2003, pour fêter en fanfare l’arrivée de TiNours.
On a fini par s’habituer, même si les conséquences peuvent être dramatiques. Il y a eu un noyé en Hérault, avant-hier. Nous ne sommes pas dans une zone inondable, ce qui n’empêche pas les dégâts et désagréments : chute de branches, infiltrations, cours et piscine jonchées de détritus divers, un volet abîmé cette année. Mais, bon, rien de grave dans l’ensemble. Même si cette fois je trouve ceci de particulier à l’ « épisode cévenol » il dure. Jusqu’ici nous n’avions connu que des déluges durant deux jours, trois maxi. Là, ça tourne, ça vire, ça s’en va et ça revient, avec une intensité variable, mais depuis près d’une semaine.
Le bruit de la pluie battante a deux effets sur nous. Le premier, plutôt apaisant. Au départ, c’est toujours comme ça. Plaisir de se sentir au chaud et à l’abri quand la tempête gronde. On est incités à « cocooner ». En cuisinant, à deux. Ou en s’occupant de grosses bêtes. J’en avais parlé déjà, ici, et là, et là aussi.
Mais, les câlins-chienchiens, et les préparations de gourmets, ça ne dure qu’un temps. La lassitude, et même l’angoisse, lorsqu’on se dit que petit dégât pourrait devenir grand, finissent par s’infiltrer, elle aussi, insidieusement. Vivement que tout cela s’évacue ! J’ai retrouvé hier par hasard ce poème de Charles Van Lerberghe, appris au CP. Alors que des trombes se déversaient sur le secteur, son côté un peu suranné m’a au moins fait rire, un peu :
(...) Sur des tapis de fleurs sonores,
De l'aurore jusqu'au soir,
Et du soir jusqu'à l'aurore,
Elle pleut et pleut encore,
Autant qu'elle peut pleuvoir.
Puis, vient le soleil qui essuie,
De ses cheveux d'or,
Les pieds de la Pluie.
Le soleil, il a dû s’attarder pour faire fignoler sa mise en plis chez le coiffeur !

11:26 Publié dans Météo | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : pluie, intempéries

