03.11.2011

La vérité, couleur de nuit

Je croise des élèves, connus, un peu, inconnus, beaucoup. Je demande : « Dans quelle salle avons-nous cours ? » « Mais nous sommes divisés en deux groupes », me répond l’un d’eux. « Moi je vais dans l’amphi A ».

J’y vais aussi, pour m’apercevoir que trois cours y ont lieu simultanément, dans trois rangées différentes. Un peu éberlué, j’essaie d’assurer le mien, pour cette heure-là, du moins, en me disant que j’irai ensuite voir l’administration pour me plaindre et demander un changement. Le bruit des voix des deux autres professeurs à côté ne me gêne pas, pas trop. Mais je sens tout de même la tension monter, lentement, jusqu’à ce qu’une élève boudeuse, à qui je viens de rendre une mauvaise note, devienne tout à coup très agressive verbalement et prenne le reste du groupe d’étudiants à témoin en lisant des extraits de sa copie et mes commentaires, pour illustrer l’injustice dont je fais preuve. J’essaie d’intervenir, de me justifier. Peine perdue : mes mots sans conviction réelle tombent dans le vide.

 

J’ai repassé un examen que je n’ai pas eu le temps, comme d’habitude, de préparer. J’ai bâclé tout ça et un professeur me rend ma copie pour l’épreuve de français : 07/20. Est-ce à mon tour de bouder, de faire un scandale ? Eh bien non, j’assume. Je sais que je l’ai préparé à la va-vite, ce devoir. « Half-baked » comme disait Nancy, la prof avec qui je travaillais en Amérique. « A demi-cuit » , si vous préférez. Mais, cuit ou pas,  le résultat est là, impitoyable : 07/20. Je crâne un peu, je fais le blasé, je dis aux autres que cela ne m’étonne pas, vu le travail investi. Mais, intérieurement, je me sens encore tendu. Ca ne se transforme pas en angoisse, non, mais la tension est là, qui clapote, latente, insidieuse, omniprésente, écoeurante.

 

Nous étions à Venise, TiNours et moi. Nous avions loué une voiture. Une espèce de Renault Espace, le genre grosse et volumineuse. C’était moi qui conduisais. TiNours était assis à l’arrière. Il n’y avait personne à côté de moi, sur le siège passager. Pourquoi cela ? Je n’en sais rien. Il avait plu, énormément. L’eau atteignait la calendre. Je roulais, lentement. La rue se rétrécissait. Et la tension montait, encore et toujours, au même rythme que le niveau de l’inondation et le resserrement de la voie. Mon cœur battait, d’anxiété.  « Mais où est-ce que je dois aller ? » « Je n’en sais rien, c’est toi qui conduis, débrouille-toi » me répondit TiNours. Cette fois, la tension, c’est trop. Je me retourne, est-ce que c’est bien lui, celui qui me parle ? Je n’y comprends plus rien.

 

Et je me réveille.

 

Incapacité à juger objectivement.

 

Peur d’être évalué à ma juste valeur.

 

Angoisse de ne savoir où aller, sans conseil aucun.

 

Entre chaque bilan, à chaque fois, des minutes, parfois des heures, d’insomnie silencieuse, dans l’odeur de sueur de ces cauchemars qui n’en sont pas.

 

Juste des bouffées de lucidité, entre deux éclairs du jour.

 

Pour me rappeler de ne jamais me prendre au sérieux.

Commentaires

Ou bien tu es un conteur génial ou Plume est une buse totale. Figure-toi, et ne te moque pas steuplait, que j'ai avalé le 1er paragraphe en me disant "'tain, c'est de pire en pire à l'Éduc Nat !". Puis j'ai avalé itou le second en me disant "'tain, qu'est-ce qu'il est courageux Lancelot, il passe encore des exams!". Et au 3ème, miracle, je me suis dit "Tinours sur la banquette arrière ? C'est pas possible, c'est totalement invraisemblable !". Comme si le reste l'était !!!!! Et la lumière s'est faite dans mon esprit embrumé. Des rêves, des craques ! Ah tu m'as bien eue !
Bon, allez, si, t'as le droit de rigoler.

Écrit par : laplumequivole | 04.11.2011

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Chevalier, je démarre sur mon blog quelque chose qui, si on m'en laisse l'autorisation, devrait t'amuser!!

Écrit par : charlus80 | 04.11.2011

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@ Plume : C'était un peu voulu, tu sais ! J'ai fait exprès de commencer sans donner trop au récit un caractère onirique. Pas la peine d'être un "conteur génial" ou une "buse totale" pour y croire, dans un sens ou dans l'autre ! La preuve, j'y crois dur comme fer, à ces rêves, quand je suis dedans, moi ! :)

Mais, en tout cas, je suis bien content que tu sois là, toi, au réveil, pour m'inciter à rire, sourire, ré-écrire. Te bise fort, ma Bicotine.

@ Charlus : C'est gentil de me prévenir, merci.

Mais je n'ai pas compris le rapport que cela peut avoir avec la note que je viens d'écrire ?

Écrit par : Lancelot | 04.11.2011

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Comme Plume, je me suis bien fait avoir. L'amphi où on est plusieurs (ou au moins deux profs et donc deux groupes) j'ai bien connu, et c'est en effet un cauchemar - pour les profs, mais surtout pour les étudiants qui vivent cette situation horrible plusieurs fois par semaine.

Mais, mais, mais... tu fais des rêves bien désagréables - et tout cela après la petite pause ?

Écrit par : Johnny | 05.11.2011

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Eh bien moi, je suis comme Plume, j'ai vraiment cru à ton premier paragraphe. Et j'allais m'en indigner. Des rêves comme ça, je suis capable d'en avoir. Un rêve qui revient régulièrement chez moi : je suis rappelé pour refaire plusieurs mois de service militaire. Quel cauchemar !

Écrit par : Cornus | 05.11.2011

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@ Johnny : Je t'ai expliqué, l'autre jour au téléphone : ce sont des rêves étalés sur deux mois environ. J'ai simplement raconté ceux qui m'avaient le plus 'marqué'.

@ Cornus : Je ne rêve JAMAIS de mon service militaire à moi. Bizarre. peut-être cela fait-il simplement référence à des choses que nous n'avons pas bien 'digérées', de par le passé. Moi, scolarité et examens, ça me poursuivra toute ma vie ! Sinon, je ne sais pas, je ne suis pas psychanalyste (et je m'en félicite...). :)

Écrit par : Lancelot | 12.11.2011

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