26.10.2011

Mea plagiat, mea plagiat, mea parva plagiat

 Lorsque Pilou et Alain étaient venus cet été, j’avais fait lire mes bafouilles atlantesques à Alain, qui, pour m’aider, me conseiller, possède deux atouts majeurs. Il est professeur de lettres et surtout, il est d’une patience et d’une gentillesse infinies. Ce second point étant d’ailleurs primordial, en ce qui me concerne. Lentement, studieusement, mettant de côté, par moments, j’en suis sûr, son ras-le-bol, il a parcouru les feuilles, annotant en marge, me faisant des suggestions, toujours judicieuses, souvent passionnantes, notamment lorsqu’il m’a proposé de modifier la devise des Mithrim pour en faire quelque chose qui sonne moins « enfantin ». J’ai conservé tout cela précieusement.

 

Toutefois, en arrivant au chapitre 12, et au passage où Timour examine le médaillon de Yaryl, et le signe dessiné dessus, je l’ai entendu éclater de rire. Alain, pas Timour. Je lui ai demandé ce qui l’amusait. Il me répond « Tu n’as pas honte de plagier ainsi Barjavel ??»

 

Ah... Oui.

 

C’est vrai...

 

Comme j’ai détaillé assez longuement la signification de ce symbole dans le chapitre 17, publié hier, il fallait bien que je m’en explique, c’est le but de cette note, aujourd’hui, avant qu’une bonne partie du web ne me tombe sur le dos en criant à l’excommunication.

 

Il n’a bien sûr jamais été dans mes intentions de plagier René Barjavel, qui est un auteur dont j’ai toujours raffolé. J’en veux pour preuve son « Enchanteur » dont j’ai mis de nombreux extraits dans mon blog. Simplement, je me disais que si l’équation de Zoran, dans le monde décrit dans ‘La Nuit des temps’, était une vérité physique, pourquoi ne pas l’utiliser aussi, comme référence, dans le monde de mes Atlantes ? Il ne s’agit pas d’un vol, mais d’un hommage. PPDA a déjà dû le dire avant moi. Sauf que moi, je prends les devants. L’idée est effectivement extraite de ce roman qui avait eu un grand succès en 1968 lors de sa publication. Le style, évidemment, mais aussi les thèmes abordés, chers à Barjavel (un couple de survivants ressuscitant longtemps après une catastrophe) avaient fait naître un engouement chez le public de l'époque, à tel point que certains même s’étaient fait tatouer l’équation de Zoran sur la peau.

 

En écrivant, je me rends compte qu’on pourrait également m’accuser de plagiat sur l’idée de départ, puisque Yaryl surgit lui aussi de sa forteresse quelques siècles après une guerre, qui, sans avoir tout détruit, a eu des conséquences incalculables. Mais, baste ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde, moi... Comment éviter, lorsqu’on essaie d’écrire, d’être influencé par ce que l’on a aimé, ce que l’on a lu ? Lorsque je vais au restaurant, si un plat m’enthousiasme, très souvent j’essaie d’en retrouver la recette sur internet pour la servir ensuite aux invités. Quelquefois, même, je l’améliore. Je ne prétends pas avoir cherché à améliorer Barjavel, loin de moi cette prétention. Disons que j’ai essayé de broder, pour m’amuser, sur une idée de départ qui me séduisait terriblement.

 

On peut même découvrir des plagiats là où il n’y en a aucun, en tout cas volontaire de ma part. Lorsque Yaryl, sous la torture, voit le visage de sa mère dans le reflet de son épée, Philippe a décelé là une allusion au 'Stabat Mater'... Et dire que je n’ai reçu aucune éducation religieuse ! Ce matin sur internet, un autre copain me faisait remarquer que Pierre Bouchet avait déjà écrit « Les derniers Atlantes » en 1958. Je n’avais de ma vie jamais entendu parler de Pierre Bouchet ni de son livre auparavant ! Comment éviter, en 2011, de poser involontairement ses pieds sur des plates-bandes qui ont déjà été bêchées et travaillées ? Je m’en excuse d’avance auprès de tous, mais, si l’on part par là, on pourrait aussi me dire que Sébastien, dans l’histoire imaginée par Cécile Aubry, possédait également un gros chien blanc ! On n’en finit plus...

 

Cependant, pour en revenir à Barjavel, et à La Nuit des temps, je tenais à donner ma version, ma vision des choses, et aussi profiter de l'occasion pour parler un peu de ce livre qui m’avait tant marqué lorsque je l’avais lu, en 1987, un jour où j’étais alité, avec une bonne grippe. C’était Bruno qui me l’avait conseillé... cher Bruno... Mais je m’égare...

 

Une expédition scientifique partie en Antarctique, regroupant des savants de toutes les nations du globe, détecte par hasard un signal provenant du fond de la terre. Ils creusent, creusent, et finissent par découvrir une sorte d’œuf, un abri, où, outre de nombreux instruments et machines, sont enfermés, congelés, endormis dans un état de conservation parfaite, un homme et une femme. Lentement, avec toutes les précautions qu’imposent leurs faibles connaissances scientifiques, ils parviennent à réanimer, tout d’abord, la jeune femme.

C’est ainsi qu’Eléa renaît, pour raconter aux hommes la Terre d’il y a neuf cent mille ans, et la guerre fratricide qui s’y déroula entre ses deux continents principaux, Gondawa, dont elle était issue, et Enisoraï. Elle fut arrachée à cette apocalypse par Coban, le plus grand savant de son époque, qui lui proposa de s’enfermer avec lui et dormir jusqu’à la fin de la nuit des temps, avec l'espoir de ressortir alors dans un monde viable, peut-être meilleur. Bien sûr, elle ne parle pas la même langue que les membres de l’expédition, mais une longue analyse des enregistrements vocaux contenus dans le refuge permet à un ordinateur, après de multiples et difficiles péripéties, de trouver la « clé » et d’utiliser un traducteur, pour que les savants puissent communiquer avec elle.

 

J’avais adoré ce livre, pas tellement pour le sujet de départ, somme toute assez conventionnel, mais pour tous les détails imaginés par Barjavel. Par exemple, l’idée qu’avant la guerre le globe terrestre n’était pas incliné de la même façon, et qu’Enisoraï couvrait les deux Amériques, formant un seul continent massif dont le ventre occupait la moitié de l’Atlantique nord. Le fait aussi qu’il existait deux langues pour les hommes et les femmes respectivement, mais qu’ils se comprenaient mutuellement sans jamais prononcer les mêmes mots. Et surtout, surtout, l’équation de Zoran, source magique de matière et de nourriture.

 

Lorsqu’Eléa veut se nourrir, elle utilise le « mange machine » qui lui fournit, à la demande,  des sphérules de couleurs qui l’aident à reprendre des forces. La seule idée d'absorber de l’herbe, ou des plantes, ou des animaux, la révulse. Or apparemment ce « mange machine » fonctionne sans aucune matière première.

 

« Dès qu’Eléa accepta de répondre aux questions, ils se bousculèrent pour savoir le quoi et le comment.

-Comment fonctionne la mange-machine ?

-Vous l’avez vu.

-Mais à l’intérieur ?

-A l’intérieur elle fabrique la nourriture.

-Mais elle la fabrique avec quoi ?

-Avec le tout.

-Le tout ? Qu’est-ce que c’est, le Tout ?

-Vous le savez bien... c’est ce qui vous a fabriqués vous aussi...

-Le Tout... le Tout... Il n’y a pas un autre nom pour le Tout ?

Eléa prononça trois mots.

Voix impersonnelle de la Traductrice :

« Les mots qui viennent d’être prononcés par le canal onze ne figurent pas dans le vocabulaire qui m’a été injecté. Cependant, par analogie, je crois pouvoir proposer la traduction approximative suivante : l’énergie universelle. Ou peut-être : l’essence universelle. Ou : la vie universelle. Mais ces deux dernières propositions me paraissent un peu abstraites. La première est sans doute la plus proche du sens original. Il faudrait, pour être juste, y inclure les deux autres. »

L’énergie !... La machine fabriquait de la matière à partir de l’énergie ! Ce n’était pas impossible à admettre, ni même à réaliser dans l’état actuel des connaissances scientifiques et de la technique. Mais il fallait mobiliser une quantité fabuleuse d’électricité pour obtenir quoi ? Une particule invisible, insaisissable, et qui disparaissait aussitôt apparue.

Alors que cette espèce de demi-melon, qui avait l’air d’un jouet d’enfant un peu ridicule, tirait avec la plus parfaite simplicité la nourriture du néant, autant qu’on lui en demandait.

Lebeau dut calmer l’impatience des savants, dont les questions se chevauchaient dans le cerveau de la Traductrice.

-Connaissez-vous le mécanisme de son fonctionnement ?

-Non. Coban sait.

-En connaissez-vous au moins le principe ?

-Son fonctionnement est basé sur l’équation universelle de Zoran...

Elle cherchait des yeux quelque chose pour mieux expliquer ce qu’elle voulait dire. Elle vit Hoover qui prenait des notes sur les marges d’un journal. Elle tendit la main. Hoover lui donna le journal et le bic. Léonova, vivement, remplaça le journal par un bloc de papier vierge.

De la main gauche, Eléa essaya d’écrire, de dessiner, de tracer quelque chose. Elle n’y parvenait pas. Elle s’énervait. Elle jeta le bic, demanda à l’infirmière :

-Donnez-moi votre... votre...

Elle imitait le geste qu’elle lui avait vu faire plusieurs fois, de se passer un bâton de rouge sur les lèvres. Etonnée, l’infirmière le lui donna.

Alors, d’un trait gras, aisé, Eléa dessina sur le papier un élément de spirale, que coupait une droite verticale et qui contenait deux traits brefs. Elle tendit le papier à Hoover.

 

images.jpg

 

 

 

-Ceci est l’équation de Zoran. Elle se lit de deux façons. Elle se lit avec les mots de tout le monde et elle se lit en termes de mathématiques universelles.

-Pouvez-vous la lire ? demanda Léonova.

-Je peux la lire dans les mots de tout le monde. Elle se lit ainsi : « ce qui n’existe pas existe. »

-Et de l’autre façon ?

-Je ne sais pas. Coban sait. »

(René Barjavel ‘La Nuit des Temps’)

 

 

 

Ce qui me plaît le plus, dans ce passage, c’est l’idée que dans le monde d’Eléa, on ne puisse écrire qu’avec un crayon gras et épais. Je ne sais pas pourquoi, je trouve ce détail criant de vérité.

 

Donc, pour conclure, je remercie encore Barjavel pour cet emprunt que j’ai fait, sans demander de permission aucune.

 

Ou je lui demande pardon. C’est selon.

Commentaires

C'est bien d'avoir un bon lecteur à l'oeil acéré, hein ! J'en sais quelque chose.

Cela dit tu peux plagier tant que tu veux, moi ça ne me dérange pas des masses, vu que je suis totalement inculte en matière de SF. Le très peu que j'ai lu est passé aux oubliettes depuis longtemps. J'adore ton histoire et je la lis naïvement, en me régalant, et me fiche éperdument de tes emprunts, délibérés ou inconscients, que je ne vois de toute façon pas !
Les musiciens sont gens malins qui utilisent l'expression "Variations sur un thème de..."

Écrit par : laplumequivole | 26.10.2011

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Le plagiat ne me gêne pas vraiment, l'argument de l'hommage me fait sourire, mais l'utilisation de ce logo me déçoit : toi qui a une imagination folle pour trouver des noms propres, pourquoi aller chercher chez les autres ce que tu peux parfaitement trouver tout seul !

Écrit par : philippe | 26.10.2011

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je viens de lire rapidement le chap 17
Page 5 : "Angel souriait, le regard perdu ... etc
Je pense qu'il s'agit d'Arakiel - lapsus calami !
Page 7 : oui, là, "l'énergie universelle etc" pour le coup c'est vraiment du plagiat :-) , plagiat que je découvre, bien sûr, parce que tu l'as toi même expliqué dans ta note; est-ce vraiment nécessaire ?

Écrit par : philippe | 26.10.2011

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@ Plume : A propos de "lecteur à l'oeil acéré" : je ne t'oublie pas, hein, ma Bicotine. Sois patiente, ne m'en veux pas.

Musicien malin ? Je pense jouer souvent faux ! Mais bon, ma musique, j'y prends plaisir en la composant, en la fredonnant. C'est l'essentiel. Ca aussi, tu en sais quelque chose ! ;-)

@ Philippe : Ah, bah, qu'est-ce que ça aurait changé que j'invente mon propre logo ? Même si j'avais dessiné une poêle à frire entourée de scoubidous, le plagiat était le même, tu sais ! Justement, le principe de ce dont j'ai besoin, c'est- que "ce qui n'existe pas existe". Partant de là, le plagiat est avéré. pas la peine de trouver un dessin différent, ou de nommer une équation mathématique différemment ! Ca aurait été seulement plus sournois, et donc ridicule.

Oui, le plagiat portant sur l'essence universelle était nécessaire, et donc l'explication honnête que je donne ici de mon emprunt à Barjavel aussi. Tirer de la nourriture du néant, avec une justification scientifique à la base, comment je pouvais justifier cela ? En disant la vérité. Barjavel m'a inspiré. Et je te le redis : si le concept peut fonctionner dans le monde d'Elea, pourquoi pas dans celui de Yaryl ?

Merci pour avoir décelé la coquille concernant l'inversion Angel/Arakiel ! Erreur réparée ! Bises à toi. ;-)

Écrit par : Lancelot | 27.10.2011

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J'ai lu à une époque beaucoup de SF puis je suis passée au Polar. J'aime toujours autant ton histoire, je me fiche pas mal de savoir que tu aurais plagié Barjavel, on plagie sans doute tous, surtout si l'on est grand lecteur, puisque l'on se nourrit de lecture et de musique, c'est même le propre de l'homme.

Écrit par : Valérie de Hte Savoie | 29.10.2011

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Forcément, on emprunte énormément de choses dans ce qu'on a lu, vu, vécu ou je ne sais quoi. A-t-on le droit de plagier sa propre existence ? Tout cela n'a aucune importance. Les livres, le cinéma, les téléfilms sont blindés de "plagiats" et cela n'émeut pas grand monde sauf parfois ou trop c'est trop. Ce qui est embêtant, c'est lorsqu'on recopie texto l'oeuvre des autres (ce n'est pas de la littérature, mais cela m'est arrivé). Mais que l'on emprunte aux autres pour faire quelque chose de neuf, je ne vois pas où est le problème. Désolé de faire le parallèle, mais en science, on est bien obligé de reprendre ce qu'on fait/écrit les anciens pour tenter d'aller à chaque fois un peu plus loin. Les pures innovations absolues, c'est rare et cela n'existe peut-être plus.
Alors, je m'en moque de tes emprunts et vivement la suite.

Écrit par : Cornus | 05.11.2011

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@ Val : A mon tour de te dire que ma réponse à toi a été bouffée par le serveur ! Zut ! Je crois me souvenir que je faisais une plaisanterie en te disant qu'il fallait bien aussi se nourrir de choses un peu plus "terrestres", même si, avec nourriture, mais sans lecture ni musique, à mon avis, la vie serait beaucoup trop dure !

@ Cornus : Oui, mais en science et en littérature, le cheminement n'est pas le même.... quoique, ça aussi ça peut se discuter. Si, dans le domaine du roman, on devait s'interdire tous les thèmes qui ont déjà été traités, il est vrai que les écrivains du genre n'auraient plus qu'à oeuvrer dans le néant !

Alors, merci de ne pas me tenir rigueur de ce 'plagiarisme'.

Écrit par : Lancelot | 05.11.2011

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Je sais que le raprochement science et littérature est osé, mais en définitive, pas tant que ça. La différence, c'est que normalement le scientifique cite toutes ses sources précisément ce que certains scribouilleurs ne font pas forcément. Je pense à certains "biographes", certains "historiens" qui ne citent pas correctement leurs sources et le pire, c'est que cela ne semble pas déranger grand monde.

Écrit par : Cornus | 06.11.2011

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