24.10.2011

Mettre de l'ordre dans ses souvenirs...

« Tante Julia est née un 20 février, et morte un 20 février, le jour de ses 77 ans. »

« Ah bon ? »

« C’est mon frère qui était venu me l’annoncer, je te tenais dans mes bras. »

« J’y étais ? »

« Oui, tu avais cinq semaines. Je me souviens que j’ai entendu ma belle-sœur dire à mon frère, en nous voyant : ‘Ne le lui dis pas !’ »

« Pourquoi ça ? »

« Parce que j’étais en train de te donner le sein, et qu’à l’époque on croyait dur comme fer à ce style de superstition... »

« Quelle superstition ? »

« Qu’une femme apprenant une mauvaise nouvelle pourrait avoir son lait qui tourne, ce qui aurait pu être mauvais pour son bébé. »

« Apparemment je n’ai pas eu de séquelles ! »

« Non, mais de toute façon quand j’ai entendu ma belle-sœur dire cela, j’ai compris. Je me suis mise à pleurer. »

« Eh bien, entre les larmes et le lait tourné, ça a été ma fête ce jour-là... Elle comptait beaucoup, pour toi, la Tante Julia ? »

« Enormément. Beaucoup plus que ma propre mère. Tu sais, c’est elle qui nous a élevés, tous les sept. »

« Et tu t’y attendais à la nouvelle de sa mort,  elle était malade ? »

« Oh, malade, oui, cela faisait des années qu’elle était malade... Mais elle m’aimait beaucoup. Elle ne t’a pas connu, mais elle a eu le temps d’apprendre que tu étais né... »

« Tu crois que ça lui a fait plaisir ?  Elle devait être un peu blasée, non ? Tu avais déjà eu trois autres enfants avant moi... Sans parler de tous mes cousins et cousines...»

« Je ne sais pas si ça lui à fait plaisir, à elle, mais moi j’ai râlé, tu sais ! Excuse-moi, mais la découverte de ma quatrième grossesse, à 37 ans, n’était pas franchement un heureux évènement pour moi ! »

« Oh, je te comprends, tu sais, ne t’en fais pas : j’ai passé l’âge de développer des névroses freudiennes pour avoir été désiré ou pas... »

« Margaux, la voisine, me consolait : ‘Ne vous en faites pas, moi j’ai eu mon dernier à 42 ans, alors vous savez, à 37, vous vous y ferez, vous êtes encore jeune !’ »

« Ben oui, et puis après, je me souviens très bien que Margaux et son mari, leur petit dernier, André, qui avait quatre ans de plus que moi, ils l’adoraient et le chouchoutaient. »

« Oui, il était très copain avec ton frère... »

... pause.....

« Au fait elle vit toujours, Margaux ? »

« Mais oui, sauf que depuis la mort de son mari, il y a une infirmière qui vient la voir tous les jours. »

« Et leur fille aux voisins, Claudine, la sœur aînée d’André, qu’est-ce qu’elle est devenue ? »

« Oh, c’était une peste, elle. Cela fait très longtemps que je ne l’ai plus vue rendre visite à sa mère, il a dû se passer quelque chose... »

« Tu crois ? »

« Oui, elle avait un caractère spécial, tu sais... Une fois, à l’hôpital d’Aix, elle a fait un scandale parce qu’on l’avait mise dans une chambre avec une dame arabe. »

« Hein ??? »

« Mais oui, c’était il y a longtemps, mais tout le monde en avait parlé... »

« Je ne me souvenais pas de ça. Elle a eu deux enfants, elle était mariée non ? »

« Oui, oui, à un mec corse, qui parlait très fort. On l’entendait d’ici quand il braillait. Il avait une voix de.... » pause...

« Ben une voix de quoi ? »

« Excuse-moi, hein, mais j’allais dire une voix de pédé... »

Eclat de rire...

« Mais oui va, je t’excuse... »

 

Légèreté.

 

Humour.

 

Dérision.

 

Ca fait du bien.

 

Car, au final, rien n’a d’importance.

 

Le chemin de la nuit rejoint celui du jour.

 

imagesCA9D7SPR.jpg

Commentaires

pfff j'avais laissé un commentaire qui n'est pas là. Tu as une boîte à spam toi ? Tu vas la regarder de temps en temps ?

Écrit par : Valérie de Hte Savoie | 29.10.2011

Répondre à ce commentaire

@ Val : Une boîte à spam ? Euh, non, je ne crois pas que Hautetfort dispose de cette option-là.

Ce que c'est chiant, ces messages qui se perdent. Frustrant pour celui qui aurait voulu lire, horripilant pour celui qui l'a écrit. Ca m'est arrivé aussi, des tas de fois !
C'est dommage, car j'aurais été très curieux de savoir ce que tu avais à me dire sur cette note, qui n'a pas suscité beaucoup de réactions des la part des autres. :)

Écrit par : Lancelot | 02.11.2011

Répondre à ce commentaire

Je crois que je ne pourrais jamais avoir le même dialogue avec ma mère, même si les situations sont assez différentes. Mais cette franchise, ce naturel, cette complicité sont émouvants.

Écrit par : Cornus | 05.11.2011

Répondre à ce commentaire

@ Cornus : Ma mère, tu l'aimerais bien, toi, je pense... :)
Enfin, pour le peu que je sais de toi, vieux frère.

Écrit par : Lancelot | 05.11.2011

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire