29.07.2011

Le mec de droite, le mec de gauche

L’autre jour au hasard de mes pérégrinations sur la toile, je suis tombé sur ça :

 

RIGOLO, VA

 

 

Les réflexions que ça m’inspire :

 

Quand un mec de gauche est bâti comme un petit porcelet engraissé à la veille des fêtes de Noël, il ne publie pas de photo de lui-même, à moitié nu sur son blog.

 

Quand c’est le cas d’un mec de droite, accessoirement journaliste, il parade et se donne un pudique alibi culturel en cachant le bas de son anatomie derrière un tableau de son idole.

 

Quand un mec de droite admire Napoléon, il essaie de suggérer un subtil parallèle entre sa propre virilité et la gloire supposée de l’empereur.

 

Quand un mec de gauche a un pénis de taille modeste, il ne cherche pas à se consoler de ses frustrations en utilisant un portait de Karl Marx comme cache-sexe.

 

26.07.2011

Merveilleuse sadique

(En voilà un, de titre, qui va attirer du monde par ici, yuk yuk yuk...)

 

En publiant cet extrait, je pense à trois copines : Plume, Val et Virginie.

 

Virginie, parce qu’elle avait déjà fait allusion dans son blog à une prof de maths qu’elle détestait et qui l’avait marquée à vie.

 

Val, parce que je l’imagine très bien dans le rôle de l’héroïne, Weber. Je ne sais pas si tu dessines bien ou mal les Bambis, Val, mais, que veux-tu, quelquefois certaines images s’imposent à nous, comme ça...

 

Plume, parce que je pense que ça doit correspondre assez exactement à son époque de lycée-collège. Il s’agit de l’année scolaire 1963-64. Peut-être a-t-elle connu ce genre de délices dans son adolescence...

 

Avant d’ouvrir la video, je dois vous dire : je me suis réjoui un peu trop vite sur les possibilités qu’offre YouTube : le site fait subir un décalage constant entre son et image, qui est horripilant. Sur la video que j’avais repiquée moi-même sur mon pc, tout allait bien. C’est un problème technique que je suis incapable de résoudre. C’est dommage, parce que ça enlève de la « saveur » à la chose.

 

Bon, les filles citées ci-dessus, comme je les connais, vont hurler que c’est faire la promotion du sadisme, mais TiNours et moi, on raffole de cette scène, tirée de l’excellent ‘Diabolo-menthe’ de Diane Kurys, en 1977.

 

Elle est merveilleuse, cette prof de dessin. Sa voix, son physique, son allure. Je ne m’en lasse pas, tellement la caricature me fait rire. Je connais tout le texte à la virgule près !

 

Eh oui, faut croire que ça a existé. Aujourd’hui, je pense qu’elle passerait plutôt mal ! Ou même, pas du tout.

 

Alors les filles, (et les garçons aussi bien sûr !) ça réveille des souvenirs ? Racontez-moi...

 

22.07.2011

Alors, et ces vacances ?

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Allez, la devinette habituelle. J’ai essayé de faire un peu difficile, mais Piergil, le fortiche, ou les autres, vont sûrement me déterrer ça en deux coups de cuiller à pot.

 

Calyste, lui, il sait, grâce à une intempestive indiscrétion de TiNours lors de son dernier passage chez nous. Il est donc prié de ne pas divulguer un « secret » qu’il connaît déjà !

 

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Retour le lundi 8, dans la matinée. Ensuite, il y aura des invités, mais c’est là une autre histoire...


Autre détail. Demain, enfin hier, ce sera, c'était l’anniversaire de mon TiNours.

 

Un cap. Il passe, passera, a passé une dizaine ! On fête, fêtera, a fêté, ça chez mes parents.

 

Ensuite, histoire que je ne vous manque pas trop, très chers lecteurs (quoique vous vous êtes déjà bien habitués à mon invisibilité bloguesque, ces derniers temps, mais je ne pousserai pas la goujaterie jusqu’à dire que je vous préparais psychologiquement...), pour que je ne vous manque pas trop, donc, j’ai préparé quelques petites notes qui seront publiées automatiquement, par la magie de la technique.

 

 

Déjà, celle-ci démarre la série. Vous l’avez compris, quelques lignes plus haut, par rapport à mes hésitations sur les temps à employer. Ca rend maboule, ces histoires.

 

Nous sommes déjà partis.

Bisous ensoleillés à vous tous, que j’aime.

21.07.2011

Full Monty and Secret Me

C’est Piergil qui m’y a fait penser l’autre jour, en commentant ma note « 20 ans après » où j’évoquais, à l’occasion de mon retour au lycée Joffre, les épreuves du CAPES. Il m’avait dit, en taquinant la paillardise, comme toujours : « Oui mais et les épreuves orales d’homosexualité, comment ça s’est passé ? »

 

C’est marrant mais il est vrai que quelquefois le blog permet de revenir sur des choses enfouies, de les examiner, et de se dire, avec du recul : « Bon sang, mais c’est bien sûr ! »

 

Après avoir été admis au CAPES, il me fallait encore faire une année de stage, dans un lycée.  Je devais assurer six heures de cours hebdomadaires. Ca ne paraît pas mortel, certes. Sauf que bien sûr, ces six heures étaient assorties de deux journées hebdomadaires où l’on devait encore suivre des cours théoriques à l’IUFM. Des choses qui ne m’ont servi strictement à rien, par parenthèse. Mais, bon. Il fallait y aller, nous y allions. Et puis, et puis, il y avait tout le travail de préparation en amont, forcément beaucoup plus difficile pour un débutant que pour un prof aguerri.

 

J’avais été nommé, cette année-là, dans un lycée d’Aubagne, et encore une fois, par un incroyable coup de chance, il se trouvait que la seule et unique autre stagiaire en anglais était Elisabeth, ma meilleure amie à la fac, avec qui j’avais travaillé et révisé côte à côte pour le DEUG, la licence, la maitrise, et les épreuves théoriques du concours. C’était un hasard bienheureux, parce que, bien que l’on nous ait préalablement vanté le lycée en question comme étant excellent, question ambiance entre profs, c’était plutôt la bérézina. Nous étions respectivement chacun chargés de deux classes de seconde, l’une à 36 élèves, l’autre à 25. Sans maître de stage pour nous conseiller et nous assister, pendant le premier mois. Pour finir, une prof du collège s’était dévouée, et je dois dire qu’elle a vraiment été la seule à pouvoir m’apprendre quelque chose cette année-là. Les élèves, nous leur avons fait face en improvisant, au début. Ce fut assez dur.

 

L’ « examen » final consistait en une inspection qui clôturait l’année. J’avais beaucoup merdouillé au premier trimestre, et j’avais fini par comprendre ce qui plaisait aux inspecteurs. J’avais préparé un cours sur deux extraits vidéo, qui clôturaient une « séquence » où l’on avait travaillé sur l’acteur Montgomery Clift. A l’époque, ils passaient à la télé de petits films de 45, 50 minutes, résumant la vie d’une star hollywoodienne à chaque fois. J’avais précieusement enregistré le tout. Et le reportage qui me plaisait pardessus tout, c’était celui sur Monty.

 

Pas la peine d’aller chercher loin pourquoi. Ah, qu’il était beau. Ah, qu’il était craquant. Ah, et tourmenté. Et puis, son ambivalence sexuelle, voyez-vous.... L’émission ne l’évoquait qu’à mots couverts, choisis prudemment et soigneusement édulcorés, et bien sûr je n’avais pas osé évoquer « la chose » avec les élèves, mais il n’empêche : en revisionnant récemment les extraits que j’avais sélectionnés, mes motivations inconscientes me sautent à la figure. Dans le premier passage, la voix du commentateur explique « His screen protrayals affected men as well as women.... » Tout était dans la subtilité !

 

La qualité n’est vraiment pas top, et de plus le passage par YouTube a créé des distorsions entre image et son, mais rappelez-vous qu’il s’agit de repiquages d’une vieille, très vieille cassette video ! Indulgence !

 

 

 

 

Les extraits 2 et 3 sont ceux sur lesquels j’avais travaillé avec la classe le jour où j’avais été inspecté. Grammaticalement, il s’agissait de revoir les expressions concernant les ressemblances, les différences, les oppositions et les contrastes. La seconde video détaille les différences entre John Wayne, bon macho un peu bourrin, et Monty. John Ireland, l’acteur qui parle d’eux, avait joué une scène un peu tendancieuse avec Clift dans ‘Red River’ : il s’agissait de comparer la taille de... leurs pistolets... ! Ce détail est évoqué dans ‘The celluloid closet’ comme l’un des innombrables clins d’œil subliminaux que les artistes gays, acteurs, producteurs, réalisateurs, de l’époque, glissèrent dans leurs films comme une allusion qui pouvait déjouer la censure.

 

 

Le troisième extrait évoquait un parallèle entre Monty et Marilyn dans ‘the Misfits’, qui fut aussi le dernier film achevé de la jeune femme. Que le parallèle puisse être fait en raison de leurs problèmes psychologiques, à l’écran comme dans leur vie, ou de la sensibilité toute féminine de Monty, cow-boy tendre et paumé qui l’aide à relâcher les mustangs à la fin, les faits sont là. Mes extraits parlaient, eux aussi, à mots couverts, d’homosexualité. Ou, en tous les cas, d’ambivalence de sentiments.

 

 

Je me souviens avoir préparé ce cours soigneusement, sur tout un week-end, avec une exaltation et un plaisir rares. Je savais que cela marcherait. J’ai toutefois frôlé la catastrophe parce que le matin même de l’inspection, le magnétoscope dont je devais me servir pour le cours était tombé en panne ! Je n’étais même pas sur place et je n’avais pas eu l’occasion de m’affoler. Si je ne pouvais pas disposer de l’appareil, tout était foutu. Par chance, le documentaliste était au courant et il a remué ciel et terre pour que je puisse disposer d’un autre VCR à temps pour mon inspection. Un problème subsistait : il n’y avait pas de compteur sur le nouvel appareil, et bien sûr les deux extraits sur lesquels je voulais travailler avec les élèves ne se suivaient pas sur la cassette. A l’époque, trop compliqué de faire des montages ! J’avais résolu le problème en faisant des essais et en chronométrant le temps de rembobinage au préalable.

 

L’inspectrice avait été enthousiasmée, et j’avais eu une très bonne note. Les élèves de ma classe de seconde LV2 avaient été adorables, et je leur avais offert un coup à boire en fin d’année ! Coca et jus de fruits, pas champagne !  Pas par avarice, j’aurais bien volontiers déboursé sans compter, vu ma gratitude envers eux, mais je ne voulais pas que l’on puisse m’accuser de prosélytisme alcoolique... déjà que le sujet que j’avais choisi pour mon cours pouvait prêter le flanc aux soupçons...

 

Elisabeth avait été admise elle aussi, bien sûr. Nous nous sommes perdus de vue depuis, mais je lui dois à elle aussi, quelque chose. C’était elle qui m’avait signalé l’émission à enregistrer, que j’aurais pu rater.

20.07.2011

Culpabilités bloguesques et horizons techniques insoupçonnés.

J’en mets un temps, à me décider pour revenir écrire.

 

A défaut de bloGuer, ça bloQue, que voulez-vous ? Phénomène bizarre. Usure ? Lassitude ? Fainéantise ? Angoisse freudienne ? Honnêtement, je ne sais pas. Même la lecture des blogs des copains, qui auparavant me passionnait, je la « procrastine ». En ce moment, je suis en vacances. J’aurais le temps, mais je me trouve d’autres choses à faire. Pourquoi, au nom du ciel ?? Cependant, je ne veux blesser personne. Le blog, c’est le blog, mais les amis blogueurs, ils ont aussi une existence hors des écrits. Et je tiens à eux. Donc, je tiens à revenir. Chez eux, et ici, pour les accueillir.

 

Je me sens tout particulièrement fautif vis-à-vis de Valérie et de Christophe, chez qui je n’ai plus mis les pieds depuis une infinité de siècles ! Mais je vais essayer de rattraper ça avant de partir en vacances. Parce que, vous me connaissez, je ne peux pas reprendre la lecture d’un blog que j’aime juste à la dernière note. NON. Je dois TOUT RATTRAPER de ce que j’ai raté. TOUT.

 

Il va falloir faire vite !

 

Et à part ça ?

 

A part ça, la semaine dernière, j’ai été très occupé par le problème suivant : comment concentrer, condenser, synthétiser, stocker, tout ceci, accumulé depuis des années ?

 

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(et encore, ce n’est là que la partie visible de l’iceberg).

 

Mes cassettes videos, c’est comme mes livres, mes CD, mes vinyls, je ne m’en séparerai jamais, jamais. Là-dedans, il y a la somme de tous les films que Tinours et moi avons aimés, ensemble, à l’époque où nous habitions, dans notre petit studio à la Madeleine, dans notre maison de Marcq, dans notre appart à Montpellier, et ici, à la maison. Plein de souvenirs se rattachent à eux. Par exemple, je n’oublierai jamais, jamais, un film pourtant assez mauvais, Highlander 2, que nous avions vu le soir où TiNours avait emménagé à la Madeleine. J’étais là pour l’aider, ravi d’être enfin seul avec lui. Auparavant, il partageait un appartement à Lille avec deux filles, et ça ne se passait pas super-bien. Bref. Highlander 2, pour moi, c’est le début de la vie intime avec mon z’homme à moi.

 

Donc, revenons à nos vidéons : que faire de ces encombrantes cassettes VCR, si je désire conserver les films ? Réponse : les repiquer sur DVD. Oui, mais. L’appareil adéquat, une collègue de travail me l’a prêté. Il fonctionne très bien, mais il est assez cher. Alors, je suis allé dans un magasin informatique, et on m’a vendu cette merveille :

 

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Avec ça, et un petit logiciel fourni avec, il est possible de repiquer un film directement d’un magnétoscope sur le disque dur d’un PC. Je vous passe les détails techniques, et les problèmes de compression. J’ai pas mal galéré, ce qui peut en partie expliquer ma désertion bloguienne des derniers jours. Mais, le bidule m’a ouvert des horizons nouveaux. Je me suis aperçu qu’avec ça, on pouvait sélectionner des extraits video, ET les copier sur YouTube.

 

Et si je mets une video sur YouTube, je peux vous la faire partager très facilement.

 

Youpi, tralala. Parce qu’alors vous n’imaginez pas le monde de notes possibles qui s’offrent à moi. Notamment, TiNours et moi avons des extraits « fétiches » que nous connaissons par cœur, et que nous nous rejouons régulièrement, dans l’intimité de notre vie quotidienne, au hasard des situations.

 

Alors, je suis bien content de pouvoir partager cela avec vous.

Ca arrive.

06.07.2011

Irina et moi

L’an dernier dans la terminale Z3 où j’enseignais en LV1, il y avait une fille nommée Irina Yacoub.

 

Elle m’a marqué, cette élève, pour trois raisons. La première, c’était qu’un jour, alors qu’au détour d’une conversation, j’avais mentionné que j’avais été prof à Lille, elle avait réagi (ce qui était rare chez elle) : « Ah bon, dans quel lycée ? » C’est ainsi que j’avais appris qu’elle avait fait une terminale dans les brumes du Nord, puis était descendue dans l’Hérault, après avoir raté son bac une première fois.

 

La seconde raison qui fait que je me souviens nettement d’Irina, c’est que l’année passée, elle tentait l’examen pour la troisième fois. Ce qui est, quelque part, une sorte d’exploit. En général, dans cette section-là, chaque année dans mon établissement, nous avons 98% de réussite.  Irina, c’était l’exception qui confirmait la règle. Elle était bien gentille, mais en plus d’être faible, elle était lymphatique, elle était rêveuse et apathique, bref elle était fainéante, quoi. N’ayons pas peur des mots.

 

Le troisième détail marquant pour moi, c’est qu’elle était fille de médecin, et désirait à tout prix suivre les traces de son père. Elle voulait donc absolument, bac en poche, s’inscrire en fac de médecine l’année suivante. Ce vœu remontait à la surface à chaque conseil de classe, au grand ébahissement de l’assistance, qui la savait limitée, intellectuellement, et dans impossibilité chronique de fournir un travail intense. La prof de SVT, qui était aussi la prof principale, nous expliquait qu’elle avait en vain essayé de la dissuader, de lui faire formuler d’autres vœux, plus réalistes et conformes à ses capacités. Non, non, rien à faire, Irina n’en démordait pas. Elle s’inscrirait en médecine, coûte que coûte. Comme nous n’avions aucunement pouvoir de décision, nous avions abandonné la partie.

 

Et figurez-vous que l’an dernier, Irina a raté le bac au troisième essai.

 

Passons sur le fait qu’elle était la seule de la classe à le louper, et que cette fois, nous étions en plein délire, digne de la quatrième dimension. Je me souviens en tout cas avoir dit ensuite à la prof de SVT : « Après tout c’est peut-être un mal pour un bien. De toute façon, le bac n’aurait servi qu’à l’envoyer en médecine, où elle se serait lamentablement ramassée.  Au moins cet échec lui évitera-t-il de perdre deux, voire trois années de plus. »

 

Je savais de quoi je parlais, pour être passé par là : mes trois années perdues en médecine, trente ans plus tard, elles me font encore mal à mes perspectives de retraite. Bon, mais au moins avais-je eu le bac du premier coup, sans perdre de temps au lycée.

 

Nous n’avons donc pas su ce qu’était devenue Irina, puisqu’elle ne pouvait tripler dans notre établissement (ne pas oublier non plus qu’elle avait déjà fait une terminale dans le Nord, avant....).

 

Cette année, nouvelles délibérations de bac. Lundi matin, je suivais tout cela d’une oreille un peu distraite. Sur les 101 candidats dont notre jury avait la charge, je n’en avais corrigé que 42, en LV2. Donc par moments, je dérivais, s'il était question de gens auxquels je n’avais pas eu affaire, et je dressais l’oreille, lorsqu’on parlait des candidats dont j’avais corrigé la copie, sous forme de numéros dans une liste anonyme que nous 'désanonymions' en avançant le travail :

 

 « Numéro 21 : Pierre Durand, 345 points. Français 12, SVT 15, Maths 14, Anglais 13, bla bla, bla, admis avec mention AB.... »

 

« Numéro 63 : Marie Dupont, 120 points. Philo 5, Maths 2, Anglais 10, Histoire-géo 8, bla bla... refusée. »

 

« Numéro 80 : Eric Dubois, 208 points. Physique 9, Maths 8, Espagnol 11, bla, bla, il va à l’oral de rattrapage. Mais en fait il lui manquait 3 points pour l’avoir du premier coup. Que fait-on ? On les lui rajoute pour lui éviter le rattrapage ? »

« Voyons son livret scolaire : ‘Philo : élève méritant, fait des efforts’. ‘Maths : beaucoup de difficultés malgré un travail sérieux.’ ‘Anglais : s’est investi régulièrement’. L’avis du conseil de classe au 3° trimestre était ‘Assez favorable’.  Bon. On lui donne les trois points ? Vous êtes d’accord ? »

« Oui, oui, allons-y, on ne va pas l’embêter alors qu’il était sérieux pendant l'année. »

« Qui peut les rajouter ? En histoire géo ? Tu es coefficient trois pour ta matière, ça tomberait juste. »

« Oui, il a eu 7 avec moi, mais ça m’embête parce que j’ai déjà vraiment tiré la note vers le haut. Il a négligé le 2° volet de l’épreuve... »

« Bah, allez, moi je peux rajouter les points en espagnol. Corrige le procès-verbal, je lui mets 12 au lieu de 11, ça reviendra au même. »

 

Etc, etc. On peut aussi rajouter quelques points (mais pas au-delà d’une fourchette de 5, en gros) pour qu’un candidat méritant ait une mention. On se base toujours sur le livret scolaire en cas d’incertitude, c’est un système que je trouve assez juste et bien équilibré, en fin de compte.

 

On arrive à la fin de la liste :

 

« Numéro 100 : 210 points. Physique 8, Maths 7, Anglais 7, Espagnol 11, Physique 10, Philo 8... » Elle va au rattrapage, en fait il lui manque un point. On n’a pas son livret scolaire, c’est une candidate libre. Ah oui son nom : Irina Yacoub... »

 

Je vous jure, je vous JURE que ça s’est véritablement passé comme je vous le raconte, et que je n’ai pas rajouté cet artifice pour ménager le suspense. Le président de jury a VRAIMENT mentionné son nom APRES avoir énuméré ses notes. Et elle était parmi les derniers candidats de la liste. Inutile de vous dire que j’ai sursauté très fort ! 

 

Donc Irina repassa son bac.

Pour la quatrième fois.

Elle devait tout de même aller au rattrapage.

Pour un point.

Cette douleur lui fut évitée.

Grâce à une bonté de ces messieurs-dames.

 

Bon, et maintenant que va-t-elle faire, d’après vous ? Moi, profus ex baccalauréa  je le vois, limpide et lumineux dans ma boule de cristal :

 

Irina va se précipiter pour s’inscrire en fac de médecine.

 

Irina va échouer. Ca ne fait pas un pli.

 

Irina va doubler sa première année.

 

Et Irina va échouer encore.

 

Bien sûr, je ne pouvais pas décemment demander aux autres de NE PAS rajouter ce fameux point qui lui a évité le rattrapage. D’ailleurs, quelle importance ? Si elle était allée aux oraux, elle aurait sûrement pu le récupérer par elle-même.

 

Mais, malgré tout, je trouve que le destin a de bien étranges méandres : sur les 101 candidats anonymes dont nous avons vu défiler les dossiers avant-hier, il fallait que je découvre, à un virage de la délibération, que j’en connaissais une, qui était celle-ci, précisément.

 

J’espère seulement une chose : que cette année, Irina aura pu réfléchir de façon plus sensée à son orientation, et qu’elle aura su envisager autre chose que MEDECINE. Quatre années passées pour obtenir un bac à l’arrache, avec l’indulgence du jury, c’est déjà bien suffisant. En perdre deux supplémentaires, pour elle ce serait affreux. Affreux.

 

J'en parle en vieux vétéran.

 

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