30.05.2011
La pensée du jour
Lue dans le profil d’un mec sur un site de discussion gay :
« No man is worth your tears and the only one that is will never make you cry. »
“Aucun homme n’est digne de vos larmes, et le seul qui le serait ne vous fera jamais pleurer.”
Bien sûr, la citation n’était pas de lui (le mec du profil). De qui ? Aucune idée.
Deuxième pensée du jour : pourquoi les cucugnateries nunuches ont-elles plus d’allure dites en anglais ?
Troisième pensée du jour, à assumer : j’aime les cucugnateries, qu’elles soient énoncées en anglais ou en français.
15:11 Publié dans Les états d'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : citation
26.05.2011
Benjamin ou les mémoires d'un puceau
Au XVIII° siècle, au cœur de la campagne française, un jeune orphelin, qui a toujours vécu seul avec son précepteur, est recueilli par sa tante, une dame riche et noble, dans son château de Valandry. C’est là qu’en l’espace de trois jours, et lors d’une fête champêtre, il fera l’apprentissage de la vie mondaine, des femmes, et du libertinage.
Le thème du film, et surtout son titre aux connotations un peu racoleuses pourraient laisser croire qu’il s’agit d’une histoire légère et superficielle. C’est tout à fait exact, à première vue. De fait, le film de Michel Deville, tourné en 1967, trouve son intérêt surtout dans sa forme, qui, paradoxalement, lui confère une certaine profondeur.
La première partie est centrée principalement sur l’arrivée de Benjamin chez la Comtesse, sur son installation, ses premiers contacts avec le luxe, et surtout avec les femmes. Ses yeux de biche, sa douceur, son innocence le désignent d’emblée comme une proie rêvée pour les belles aristocrates en mal d’amour, amies de Gabrielle de Valandry, ou pour les soubrettes du château, délurées et sensuelles.
Le Comte de Saint Germain, Philippe, amant de la tante de Benjamin, se prend d’emblée d’amitié pour le jeune homme et l’emmène faire son éducation libertine, en tant qu’observateur. C’est ainsi qu’au cours d’une de leurs chevauchées, ils font la connaissance d’Anne du Clécy, une jeune noble « orpheline mais très gaie », qui aime séduire et badiner. La Comte la convie à la fête qui aura lieu le lendemain au château de Valandry.
Le décor somptueux du château de Saint Brice, près de Cognac, les costumes élégants aux couleurs pastel, et surtout le rythme vif des danses (gigues, gavottes, menuets), sur des morceaux composés par Boccherini, Haydn, Mozart, Rameau, contribuent à donner à cette seconde partie la légèreté d’une bulle de champagne. Et c’est bien d’une bulle qu’il s’agit, située hors du temps et de l’espace : la date exacte des évènements reste vague, mais on peut néammoins, à certains indices, la situer vers la fin du règne de Louis XV. Aucune allusion à des guerres, à la misère ou à la famine. Maîtres et valets vivent dans une entente quasi-parfaite, et au fil de l’intrigue, on pense bien plus à Marivaux qu’à Victor Hugo.
Benjamin, le héros, ne sert en fait que de prétexte à l’histoire. Les scénaristes ont utilisé le thème de sa virginité pour donner un fil conducteur à l’action. Au cours de la journée, il cherche sans cesse à faire une expérience amoureuse qu’ il ne parvient jamais à concrétiser. Les « initiatrices » potentielles sont pourtant nombreuses, toutes jolies, et fort désireuses de s’isoler avec lui. Mais jusqu’au soir, cela ne sera jamais possible, en raison d’une série de contretemps et de manipulations dont il est la victime. Si l’une des soubrettes l’entraîne dans une alcôve, une autre, jalouse, surgit toujours pour les interrompre sous un fausse raison, dans le but de s’accaparer à son tour le jeune homme. Si une grande dame lui fixe un rendez-vous, il le manque, parce qu’il a dû aller espionner le Comte sur la demande de sa tante. La jeune Anne du Clécy l’interrompt juste avant une rencontre galante pour l’emmener danser avec elle, afin d’attiser la jalousie du Comte. Tout le monde a besoin de Benjamin et se sert de lui pour des motifs personnels, mais au fond personne ne se soucie de ce à quoi il aspire, lui. Les femmes qui le pourchassent de leurs assiduités sont bien plus préoccupées de leur désir anticipé que du sien.
Le film n’est en fait qu’une série de variations sur la poursuite du désir, insaisissable, qui ne se laisse jamais attraper, fût-ce quelques minutes. Or, dans cette société de marivaudage permanent, amour et désir sont très proches. La Comtesse, tante de Benjamin, est amoureuse de Philippe de Saint Germain, grand séducteur. Elle a réussi à le conserver comme amant pendant sept ans, en fermant les yeux sur ses infidélités, voire en les favorisant quelquefois. Or celui-ci, qui n’a jamais éprouvé d’autre passion que du désir, pour une femme, quelle qu'elle soit, tombe amoureux d’Anne du Clécy, la première à avoir osé se refuser à lui, sans toutefois le repousser de façon trop définitive. Ce que le Comte ne sait pas, c’est qu’Anne est bel et bien amoureuse de lui, mais qu'elle le dissimule habilement, car elle a compris qu’au jeu de l’amour et du hasard, le vainqueur est celui qui se fait désirer le plus longtemps possible. Le perdant est invariablement l’infortuné qui baisse sa garde et avoue trop tôt ses sentiments.
Anne : « Benjamin, je t’aime bien quand même... »
Benjamin : « Non, vous avez dit à Philippe que vous ne m’aimiez pas. »
Anne : « Oui, mais souviens-toi : avant, j’avais dit le contraire... »
Benjamin : « Mais vous mentez toujours... ! »
Anne : « Oui, toujours. Mais pas toujours... »
Tout comme le désir qui est fugace et prêt à s’envoler au moindre souffle, la vérité est mouvante, changeante, voisine et même soeur presque jumelle du mensonge. On change de masque selon son intérêt, au gré des évènements, à tel point que les sentiments eux-mêmes ne savent plus où se ranger, et qu’aucune vérité n’est jamais immuable, aucune règle infaillible :
Anne : « Madame, connaissez-vous le Dom Juan de Molière ? Ce méchant homme qui se fait aimer des femmes sans les aimer jamais ? »
La Comtesse : (regard en coin vers le Comte, qui écoute leur dialogue) : « Oui, nous le connaissons.. »
Anne : « Eh bien j’ai toujours voulu le rencontrer. Je me disais : ‘Moi, je le vaincrai. Il m’aimera, et moi pas.’ »
La Comtesse (souriante) « Je crois que vous vous abusez. Dom Juan est invincible parce qu’il n’a pas de cœur. »
Anne : « Tout le monde a un cœur ! Il le faut bien pour vivre. Et pour danser ! Dansons la gigue ! » (elle intègre la farandole endiablée qui passe)
Amours, jalousies, joies, désillusions, désirs, demi-vérités et faux mensonges se succèdent et se mélangent au rythme des danses et du déroulement de la fête. Aucun personnage ne demeure jamais plus de quelques secondes sur la touche. Dans l’échiquier permanent du « Cours après moi que je t’attrape », personne ne reste longtemps coincé dans une case. On rebondit et on saute dans la suivante :
Benjamin (qui a raté un rendez-vous galant quelques minutes plus tôt) : « Madame... ! Madame.. Pardon... Mon retard, tout à l’heure... je voulais tant... Puis-je espérer que... ? »
Madame de Chartres (triomphante et ravie de se venger) : « Non ! »
(Elle se dirige vers le Comte qui n’a d’yeux que pour Anne, en train de danser) :
(câline et enjôleuse) : « Méchant ! Je ne vous ai pas encore vu, aujourd’hui... Vous me fuyez... ? »
Le Comte (sec et indifférent) : « Non : je ne vous cherche pas. »
(Dépitée, elle fait quelques pas, puis s’adresse gaiement à la Comtesse) :
Madame de Chartes : « Chère Gabrielle, quelle fête réussie ! »
La Comtesse (avec un sourire charmant) : « Merci ! » (elle tourne ensuite son regard anxieux vers le Comte, qui lui ne voit qu’Anne).
Tout est résumé dans ces échanges fugaces : celui qui désire et réclame n’obtient rien, alors que celui qui se dérobe demeure l'inaccessible objet du désir. Et le gagnant est sans cesse susceptible de devenir perdant dans la seconde qui suit.
Il est bien sûr difficile, voire impossible, de retranscrire la subtilité de ces scènes et dialogues imaginés par Michel Deville et Nina Companeez, car leur charme s’inscrit aussi dans le mouvement incessant, les regards et les gestes ébauchés, ainsi que les non-dits, qui sont presque palpables. Pierre Clémenti trouvait là un premier rôle en décalage avec les personnages un peu sombres et torturés qu’il avait incarnés jusqu’alors, dans sa carrière encore jeune. Deneuve, fraîche et lisse comme un jeune fruit, était idéale dans le rôle de la pucelle effrontée et apparemment sûre de sa séduction, malgré son inexpérience. Enfin, qui d’autre que Piccoli, âgé de 42 ans à l’époque, pouvait incarner le Comte, incroyablement séduisant dans sa maturité ?
Toutefois celle dominant tous les autres, selon moi, reste Michèle Morgan, pour des raisons liées à la fois à son talent et au personnage de la Comtesse. Elle est, peut-être, la seule protagoniste à refuser, au bout du compte, les règles absurdes imposées par le jeu de l’amour et du désir, pour se résoudre à baisser sa garde et en assumer les conséquences : elle sera malheureuse. C’est là la leçon de son expérience, et de la maturité. Sa beauté est différente de celle d’Anne, sa rivale. Cette dernière a la splendeur du printemps. La Comtesse reflète la douceur de l’automne. Mais la fête qu’elle donne a lieu justement « à la fin de l’été », dans son château de Valandry où elle a recueilli Benjamin. Les domestiques l’aiment, parce qu’elle est indulgente, bonne et généreuse. Et même si le Comte libertin est tombé sous le charme de la jeunesse d’Anne, c’est Gabrielle, la Comtesse, qui sort vainqueur de leur éblouissant face à face, parce qu’elle emporte l’adhésion et la sympathie du spectateur. Elle reste la Reine de la fête qu'elle a conçue et initiée.
Au final, y a-t-il quelque chose qui ne m’ait pas plu dans ce film ? Oui : la fin. L’idée de la chute est très belle, mais d’un point de vue concret, purement cinématographique, elle « casse » un peu le rythme plein de vie et de charme de la fête, malgré les petits moments mélancoliques que celle-ci comportait, elle aussi. Mais ces instants étaient toujours absorbés et dissous dans le rebondissement, la danse suivante. Le mouvement exorcisait la tristesse, c’est pour cela qu’on aurait voulu que le feu de la fête ne s’éteigne jamais.
Le film avait reçu le prix Louis-Delluc à l’époque. C’est l’un de mes films préférés. Vous l'aviez peut-être déjà compris en lisant ma note ? Aurais-je encore ‘trop écrit’ ? « Oui, et en déflorant un peu trop l’intrigue » rajouterait l'une de mes anciennes connaissances (un comble, pour parler d’un film avec un titre pareil !). C’est possible. Etre intarissable sur les sujets qui me passionnent, c’est ma constante. Je parlais depuis des années de « Benjamin » à TiNours qui ne l’avait pas vu, en me désespérant de jamais le trouver en DVD ! L’autre matin, en me levant, j’ai découvert que les lutins de ma boîte magique l’avaient déposé au pied du lit, ou presque ! Je sautais comme un cabri ! Une joie que je me devais de faire partager. Pour TiNours, c’est fait, il a vu le film et l’a aimé. Pour les lecteurs de ce blog, j’ai essayé, mais je ne suis peut-être parvenu, en définitive, qu’à saouler ! Si c’est le cas, je m’en excuse, mais, quoi qu’il en soit, si vous avez déjà vu le film, vous serez sûrement d’accord avec moi. Sinon, il faut vous débrouiller pour le voir de toute urgence ! En ces temps de télé-réalité et de vulgarité universelle, il y a peu de chances pour que du champagne aussi finement frappé soit servi sur une des chaînes traditionnelles. Faites comme moi, utilisez la Boîte à Lutins !
(PS : Valérie, j'ai pensé à toi : on peut cliquer sur les photos pour les agrandir ! )
15:05 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : benjamin, michel deville, pierre clémenti, catherine deneuve, michel piccoli, michèle morgan
25.05.2011
La bien nommée !
Je suis d’une « indiscrétion psychologique » abominable. Quand je suis dans des trains, dans des salles d’attente de médecins, chez le coiffeur, quand je fais la queue chez un commerçant, je me distrais toujours en imaginant la vie des gens qui sont autour de moi, d’après leur tête. « Lui, il doit avoir des problèmes d’hémorroïdes.... » « Elle, elle ne rêve que d’une chose, c’est d’assassiner ses trois enfants à coups de marteau... » « Lui, il ne fait l’amour qu’une fois par an, et aujourd’hui il est content, parce que ce soir, c’est LA fois... » Bref. Des bêtises, mais distrayantes, et qui n’embêtent personne, puisqu’elles restent barricadées sous ma boîte crânienne.
Mon indiscrétion est ravie également lorsque je suis dans des magasins où les employés doivent porter un badge indiquant leur prénom. J’adore ça. C’est affreux, parce que je sais que personnellement je considèrerais une grave atteinte à ma vie privée le fait de devoir arborer ce style d’écriteau face au public, sur mon lieu de travail. Mais là, je peux mettre en adéquation les visages et les noms. J’aime distribuer des patronymes, quand j’ai le temps. J’ai pris cette habitude quand j’avais 13, 14 ans. Dans les hôtels, les restaurants. On jouait à ça, avec ma sœur Ann : « Lui, il doit s’appeler Christophe. Elle, Suzanne. » « Oui, d’accord pour Suzanne, mais pas Christophe, il n’est pas blond. » « Pourquoi ‘Christophe’ n’irait pas à un brun ? » « Je sais pas, moi je le verrais mieux s’appeler Jean-Pierre. » « Ah non, pas du tout, il est trop petit pour s’appeler Jean-Pierre, ce mec ». Et bla bla bla, ad infinitum. Des bêtises, mais distrayantes, et qui n’embêtaient personne, puisqu’elles restaient barricadées sous le secret de nos conversations privées, entrecoupées de quelques fous-rires.
L’endroit idéal pour phantasmer sur la vie ou les prénoms des gens, c’est bien évidemment les caisses des supermarchés. Et, bien sûr, les proies idéales sont les pauvres caissières, offertes à nos regards curieux, avec leur badge en évidence, puisqu’elles ne bougent pas, enfin pas trop. Je me dis souvent que la nuit elles doivent être poursuivies par l’horripilant petit ‘gloup’ aigu du signal de la machine qui indique qu’elle a bien intégré le code-barre de l’article. Ca doit rythmer leurs cauchemars, comme un sinistre hoquet dont on ne peut se débarrasser. "Gloup.. gloup.. gloup..." L’article ne passe pas, pas gloup, elles s’énervent, écartent le papier, l’emballage, puis, lassées, tapent elles-mêmes le code sur le clavier ; "Tac tac tac tac tac.. GLOUP". Affreux. Affreux.
Quelquefois, elles sont de bonne humeur. Elles échangent des sourires, plaisantent avec le client. C’est assez rare. Je les comprends. Pas très marrant, de passer sa journée à écouter des gloups. J’essaie toujours de leur faire un sourire enjôleur, mais la plupart du temps, Gloup est le plus fort, elles me répondent par un petit rictus épuisé, la commissure des lèvres bouge à peine, gloup, snif, gloup, snif., gloup, snif. De monstrueux Gloups qui embêtent plein de monde, à commencer par elles, car ils restent barricadés sous leur boîte crânienne.
L’autre jour je progressais dans la file d’attente, et je regardais le visage de la pauvre préposée. Elle avait l’air de se faire chier, mais chier... Elle était jolie, mais pâle, avec des yeux languissants, une chevelure sage retenue par des barrettes, on sentait qu’elle rêvait de tout planter là, d'arracher, dans un cri de délivrance sauvage, le tiroir-caisse, pour envoyer voltiger la recette de CarreClercq dans tous les azimuts, de hurler aux clients d'aller se faire Glouper ailleurs, et s’enfuir courir sur une plage où elle secouerait ses longs cheveux, débarrassés de leur carcan de barettes. Mais en attendant, elle était toute pâle et languissante, la pauvrette, et accomplissait méthodiquement, gloup, sa tâche, gloup, d'un air désespéré et résigné, gloup, gloup, gloup. Comment pouvait-elle donc se nommer, ce petit bouchon ? Marie, comme la Dame aux Camélias ? Pénélope ? Ariane ? Phèdre ? Médée ?
J’arrive en face d’elle, et je jette un regard avide sur son petit badge. Elle s’appelait « Tristana » ! J’ai failli éclater de rire, mais ce n’eût pas été charitable. Incroyable non ? Même dans mes rêves les plus fous... La réalité dépasse la fiction. Enfin, elle ne pouvait pas décemment s’appeler Joy.
Une bêtise. Que j’ai bien sûr laissée barricadée sous ma boîte crânienne. Je ne crois pas qu’elle aurait apprécié que je lui dise que son nom lui allait si bien. Elle aurait pu le prendre très mal.
Gloups.
21:47 Publié dans Lancelot s'amuse, Shopping | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
24.05.2011
Vivre, écrire (1)
A l’issue de notre journée de correction de copies, elle parle bas à l’oreille de sa copine, lui glisse discrètement un petit paquet blanc. Secret ? Mais lorsque mon regard tombe sur elles, le sien pétille, et ne se détourne pas. Je sens une invite hésitante de sa part, son œil brille « Veux-tu... ? »
Oui, je veux bien.
Le petit paquet blanc, c’est un ouvrage lisse, mince et élégant, qui sent bon l’imprimerie fraîche. La couverture est douce et satinée au toucher. « Je peux lire ? ». Bien sûr, elle ne demande que ça, mais me le présente comme une simple distraction sans conséquence : « Si tu veux, cela te fera de la lecture pendant qu’on rentre les notes des étudiants sur Lotanet. Tu t’ennuieras un peu moins. »
Je prends, avec respect, le petit ouvrage tout neuf. Je m’assois. Je lis. Je feuillette. C’est effectivement très bien fait. Simple, à la portée de lycéens et d’étudiants en première ou deuxième année de fac. La chronologie est respectée, les thèmes synthétisés de façon claire. Des images, des graphiques, des dessins sont habilement disposés ici et là, rendant le tout plus vivant et attrayant. Je lis l’introduction et le premier chapitre, puis je feuillette et je « picore » ici et là, en recherchant dans l’index les thèmes pouvant avoir trait aux questions que je me pose depuis longtemps sur le pays, sans avoir jamais cherché auparavant à les élucider vraiment, par paresse. Tout y est.
Lorsqu’elle a fini d’entrer les notes des étudiants sur le serveur, elle revient me voir. Elle ne m’interroge pas, mais encore une fois, ses yeux brillent. Comme je la connais bien, cette impatience muselée par la pudeur... Je prends les devants : « C’est vachement bien, tu sais ? Je peux t’en acheter un exemplaire ? Mais tu vas devoir me le dédicacer... ». Elle rayonne. Intérieurement. Elle se contient, mais l’aura est visible autour d’elle. J’ai une brusque bouffée de tendresse à son égard.
Au retour, sur cette autoroute qui se déploie sans fin entre Béziers et Montpellier, elle me raconte, sans que je ne lui ai rien demandé, les origines, la gestation, le travail de délivrance. Je l’écoute, je souris, j’aime cette joie, cette émotion palpable qui coulent dans sa conversation. De temps en temps, je lui pose une question. Je ne me force pas. Tout ce qu’elle me raconte me passionne. Les gens qui l’ont contactée. Les rendez-vous avec l’éditeur, les échanges incessants de mails avec la maquettiste. Les vacances sacrifiées pendant presque deux ans. Elle dit qu’elle regrette, mais je me doute bien qu’il n’en est rien. Ou bien, si, mais seulement a posteriori. Pendant l’élaboration de l’ouvrage, seule comptait son exaltation. Doublée d’une longue, lente obstination de fourmi. Mes oreilles vibrent. J’écoute, je bois ses paroles. Elle me parle du découragement aussi, par moments. Vaincu à chaque fois par le cap qu’elle a su garder.
Je parle peu. Je m’autorise seulement quelques questions, pour relancer son enthousiasme, sa joie de parler de cet enfant qu’elle a mis au monde. Et pourtant, les discours pré et post parturition m’ont toujours saoulé à cause de leur caractère répétitif et tristement universel. Là, point du tout. Ca m’intéresse, ça me plait, ça me passionne. Dans la cage de ma tête, le canari bat des ailes. Timidement. Il écoute la mouette. Ce qu’il entend, ce n’est pas éditeur, publication, droits d’auteur, même s’il en est question aussi dans ses paroles.
Exaltation. Enthousiasme. Complicité. Acharnement. Plénitude. Joie. Bonheur de la fatigue. Satisfaction du travail mené à bien, en y prenant plaisir.
Comme j’insistais, elle m’a promis une dédicace très personnalisée, qu’elle élaborera chez elle, au préalable.
Merci, et bravo, ma Lydia. Bravo, surtout.
18:43 Publié dans Les états d'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22.05.2011
Oraux nouvelle formule : au Théâtre ce Soir
Autrefois en BTS, enfin dans celui où j’enseigne l’anglais, les étudiants partaient en stage pour sept semaines (à l’étranger, le plus souvent, mais il était possible de le faire aussi en France) et leur épreuve orale à l’examen consistait en un rapport qu’ils faisaient devant un jury composé de trois personnes, parfois plus, si l’on disposait d’un intervenant extérieur, commercial la plupart du temps. Il y avait là le professeur de communication, et deux autres de langue. L’élève exposait ses actions et missions en stage. Ensuite il/elle était interrogé, successivement, en français, en anglais, puis en espagnol, ou italien, ou autre, sur les détails de son expérience professionnelle hors de France, ou tout au moins, au contact de gens non francophones.
Trop scolaire, prévisible et convenu, a-t-il été décrété en haut lieu. C’était vrai... en partie. On a instauré il y a trois ans un nouveau système : dorénavant l’élève rédige en cours d’année des fiches sur les missions ou tâches qu’il a été amené à accomplir. Il les remet à son professeur de communication, et l’épreuve a désormais lieu en « contrôle continu », pendant l’année. Le professeur de communication travaille au préalable avec le professeur de français, les professeurs de langues, en amont. Au vu de la fiche, on décide de modifier certains paramètres dans la « situation » vécue par l’étudiant, et de lui soumettre le nouveau cas à gérer lors de l’oral. Par exemple, il ou elle a dû réserver des chambres dans un hôtel, pour le colloque d’une entreprise. On lui rajoute un problème imprévu : l’hôtel envisagé au départ ne peut plus recevoir que la moitié des participants. Ou bien, les dates sont changées au dernier moment. Ou alors, le nombre de gens assistant au colloque est augmenté de dix. Gérez. Et, lors de l’oral, le professeur de langue doit jouer le rôle de la personne qui se présente au bureau, ou qui téléphone, pour provoquer des anicroches. Car le problème doit être géré en langue étrangère, évidemment.
C’est un système qui est plein de bonnes intentions, apparemment, mais qui en pratique bute sur de nombreux écueils. D’abord, le prof de langue doit vraiment mettre en veilleuse son réflexe « correction des fautes de l’élève » puisque, par définition, nous ne sommes plus ni un prof de langue ni un élève. Ca, passe encore, mais faut-il simplifier l’expression si l’étudiant ne comprend pas ce qu’il entend ? Dans la vie courante, une personne, un client normal, n’auront peut-être pas la technique « prof » pour se faire comprendre, et s’énerveront peut-être plus vite... Et puis, les sketches, c’est bien joli, mais les situations du stage font qu’on est quelquefois obligé de jouer des rôles pas du tout en adéquation avec la réalité. Ainsi, au cours de l’année, j’ai eu l’occasion de devenir, entre autres, un stagiaire anglais de 20 ans qui s’est fait une entorse, un père allemand mécontent des cadences infernales que l’on impose à sa fille dans une école, et surtout, une employée enceinte qui demande un aménagement d’horaires à son patron ! Non, ce jour-là, j’ai refusé perruque et coussin sur le ventre...
Jeudi dernier, convoqué à Béziers pour les « candidats libres » qui étaient en contrat de qualification et qui n’ont donc pas pu bénéficier du contrôle continu (ça devient compliqué !), j’ai été amené à faire équipe avec une prof de français et une prof de communication, très sympas. Le courant est très vite passé entre nous. C’est ainsi que nous avons été amenés à inventer une situation où la prof de français jouait le rôle d’une cliente française qui avait loué un studio dans Londres pour assister au mariage royal, et qui voyait son logement inondé à cause d’une fuite à l’étage au-dessus. L’étudiante, secrétaire dans une agence française qui faisait le lien entre locataires et bailleurs, devait rappeler le propriétaire, un riche londonien joué par moi, pour savoir s’il pouvait la reloger. La cliente française hystérique et paniquée, moi peu concerné et peu disponible. L’étudiante a assez bien géré la chose, d’ailleurs.
Pour le dernier sketch, j’ai incarné le patron turc d’une usine de pièces détachées pour transformateurs électriques, qui exporte sur la France, et à qui l’on demandait s’il pouvait réduire ses délais de livraison. Bien sûr, je ne parle pas le turc, mais la communication se fait de toute façon réellement en anglais avec les pays du Proche-Orient. J’ai improvisé en prenant un accent qui devait être plus proche du Pakistanais que de l’anglais pratiqué à Ankara ! Entre deux fous-rires, nous avons finalement mené l’examen à bien. Car, ne pas oublier, il s’agit d’un examen...
Je suis assez partagé quant à ces nouvelles pratiques, je dois dire. Bien sûr, on s’amuse comme des fous, mais j’ai davantage l’impression de retomber en enfance qu’autre chose : « Moi, je serai... Toi, tu seras... ». Et je me dis toujours qu’au fond, il suffit à un étudiant qui a un niveau de langue acceptable, d’être débrouillard, pour s’en tirer.
Chaque prof est au fond un acteur qui n’a pas pu se réaliser. On nous en donne l’occasion de le faire lors de ces oraux, de quoi me plains-je ?
« C’est l’extrême sensibilité qui fait les acteurs médiocres ; c’est la sensibilité médiocre qui fait la multitude des mauvais acteurs ; et c’est le manque absolu de sensibilité qui prépare les acteurs sublimes. » disait Diderot. Il faut bien me rendre à l’évidence : je ne suis qu’un acteur médiocre, qui fait rire. C’est vrai, j’y suis sensible, extrêmement, même. Je ne serai jamais sublime. Il faut bien m’y résoudre. Je ne serai jamais qu’un prof. Bah, ça ne me frustre pas plus que ça. Il y a de bons moments aussi.
"On ne fait pas un cheval de course d’un porc."
"Non, mais on peut en faire un porc de course."
23:45 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
20.05.2011
La vallée de la Jordane
Vendredi 6 mai
Météo : ciel dégagé, quelques cumulus, températures fraîches en journée
Heure de départ : 10h30. En tournant et retournant la question dans tous les sens dans ma tête, je n’ai toujours pas réussi à comprendre où s’est égarée l’heure perdue d’hier. Pourquoi, mais pourquoi n’avons-nous pas été prêts avant 11h30 ? Mystère...
Itinéraire : Aller : remonter la route entre Murat et Puy Mary, mais une fois arrivés là-bas, descendre la vallée de la Jordane, jusqu’à Aurillac. Puis, remonter en sens inverse par la route des crêtes, merveilleuse.
Arrêt-déjeuner : à Mandaille, charmante bourgade assoupie comme elles semblent toutes l’être, ici. Dégustation, encore une fois, de bons produits du terroir : pounti, truffade, yaourts maison...
Anicroche imprévue : notre Clio, à deux ou trois reprises, a émis une nauséabonde odeur de plastique brûlé, mais ça n’a pas duré. De plus, en descendant le col jusqu’à Aurillac, un vilain voyant s’est allumé. On s’arrête, on vérifie fébrilement huile, liquide frein, liquide de refroidissement. Tout a l’air correct. Alors pourquoi ce fichu voyant s’allume-t-il ? Le livret explicatif dit simplement que lorsque cela se produit, il faut se rendre dans le garage Renault le plus proche. Avec ça, on est bien renseignés... En redémarrant, le voyant ne s’allumait plus. Par excès de prudence, nous avons tout de même fait examiner la voiture à Aurillac. Ils l’ont passé à la « valise ». Tout ça pour découvrir qu’il n’y a rien d’anormal, en tout cas de grave, sauf un défaut de contact sous l’accélérateur. Coût du check-up : 52 euros... J’étais un peu vert, TiNours aussi. En remontant par la route des crêtes, nous avons maudit les caprices de l’électronique... bah...
Compensation : les paysages aperçus aujourd’hui, surtout au retour (selon moi) sont parmi les plus beaux qui nous ont été donnés de voir cette semaine.
Heure de retour : 19H.
Conclusion : nous ne sommes pas rentrés trop tard car nous voulions faire des courses sur Murat, avant de rentrer demain, car nous aurons peu de temps dans l’après midi. Nous avons déjà des invités pour le souper ! Nous avons constitué une liste de bric et de broc. Je ne pourrai pas aller faire les courses avant vendredi la semaine prochaine : l’emploi du temps que ces salopards du lycée m’ont mitonné (surveillances + sélection de dossiers BTS) fait que je serai pris de 8h à 18H lundi mardi mercredi et jeudi. Je les maudis jusqu’à la huitième génération.
Bilan : la semaine a été douce, si douce.... Je n’ai pas pensé au travail, à aucun instant. Bonheur de se laisser glisser pendant sept jours entre caresses, fous-rires, paysages, excursions, bons repas, lectures, et même certaines émissions TV qui me marquent bien plus durablement en temps de vacances que pendant le reste de l’année. Dans ce second cas, les trois quarts du temps, je suis si épuisé que je m’affale, endormi sur le divan, dès 22h.
20:59 Publié dans Vacances, Voyage | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
18.05.2011
Les Gorges de la Truyère
Jeudi 5 mai
Malgré notre bonne volonté pour nous lever à 8h (au plus tard) chaque matin, nous sommes partis en retard aujourd’hui. Nous n’avons pu décoller du gîte avant 11h30. Pourquoi ? Mystère...
Les Gorges de la Truyère sont magnifiques, surtout par temps ensoleillé, mais elles ont un inconvénient majeur pour d’humbles automobilistes : elles ne sont pas longées par la route. De plus, une déviation pour un motif inconnu nous a fait perdre un temps précieux. Bien sûr, nous aimons « excursionner « à pied également, et y consacrer une heure ou deux dans la journée, mais là c’était franchement impossible sur la totalité, à moins d’y passer la semaine, en prévoyant sacs à dos et tentes !
Nous avons tout de même pu nous régaler d’un paysage bucolique à souhait :
Déjeuner simple à midi dans un Pierrefort hyper-désert, dont de nombreux magasins (et garages) sont visiblement fermés depuis longtemps. C’est d’autant plus triste que le village est charmant :
(Intérieur d'un garage désaffecté depuis des années, photo prise à travers une vitre brisée. Frisson de mélancolie...)
La route entre le barrage de Sarrans et le pont de Tréboul :
Puis halte à Chaudes-Aigues, ex-petite station thermale assoupie sous le soleil. Nous y avons pris un café, et un Perrier, dans le soleil de l’après-midi, en écoutant d’une oreille distraite la vieille dame de la table à côté raconter que l’une de ses brus est prof, et très maniaque, bien plus que l’autre, qui est une « souillon dévergondée »... Donnez des enseignants aux belles-mères !
Outre sa belle église gothique St Blaise St Martin, du XV° siècle, nous retiendrons surtout de la ville cette incroyable maison « décorée », dans une petite rue adjacente. Il faut oser, quelqu’un l’a fait :
Le soir, nous devions retrouver Elodie et Jean-Michel qui ont acheté une maison à retaper, à l’autre extrémité du Cantal par rapport à notre gîte. Eux sont au-dessus de Saint-Flour. Ils ont des caves voûtées, quel luxe... Le paysage dans ce coin-là est déjà différent de celui du Sud Cantal où nous logeons : la végétation y est moins dense, les monts plus pelés... Mais l’endroit dégage aussi un charme romantique à la tombée du jour. Hélas j’ai pris peu de photos, occupés que nous étions à papoter à nous en dessouder la mâchoire... Cette dernière est tout de même heureusement demeurée en place pour nous permettre de déguster un délicieux repas (tarte aux escargots, pavé de bœuf sauce au bleu, cèpe ardéchois –voir photo ci-dessous) à Massiac en leur compagnie.
Retour nocturne ; pour gagner du temps nous passons par l’autoroute, qui nous paraît bien triste après les incessants zig-zags verdoyants de ces derniers jours !
19:58 Publié dans Vacances, Voyage | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : cantal, truyère, pierrefort, sarrans, tréboul, chaudes-aigues, massiac
Châteaux en montagne
Mercredi 4 mai
Le soleil est revenu hier, et pour jusqu’à la fin de la semaine apparemment. Peut-être dimanche sera-t-il gris, histoire de nous remettre dans une ambiance studieuse pour lundi, exactement comme lorsque nous étions rentrés de Rome radieuse sous le soleil pour se retrouver sous un déluge, il y a deux mois. Mais peu importe. L’essentiel est de profiter du hic et nunc.
L’avantage de cette région douce qui se déploie sur un volcan assoupi, c’est qu’elle abrite un grand nombre de cols tous différents, qui serpentent, fourmillent, même, pour le bonheur des randonneurs. Cette fois, en repassant par Murat (plus avenante par temps clair), nous avons commencé notre itinéraire par la Rhue, et la forêt de Maubert, à dominante de sapins et de hêtres. A Trémouille, l’église nous a souhaité la bienvenue et faisant carillonner ses douze mille cloches :
Ensuite, halte-repas à Sarran dans un restaurant pour lequel je tiens à faire de la pub : la Grange aux Fleurs. Excellent rapport qualité prix ! TiNours a commandé du chou farci, et moi un civet de lapin aux châtaignes, accompagné de truffade, plat local de pommes de terre cuites dans du cantal. Pour dessert, une pachade, sorte de crêpe un peu épaisse fourrée aux pommes, et accompagnée d’une boule de glace à la framboise. On mange local, on mange cantal ! C’était dé-li-cieux. Et puis, pour éliminer les calories, on marche, on marche.
Après Bor les Orgues, nous sommes tombés un peu par hasard sur le château du Val, en suivant les panneaux indicateurs ; Il n’était pas mentionné dans le guide du Cantal car nous avions pénétré en Corrèze, limitrophe. La visite commence par une intéressante video expliquant l’évolution de l’édifice, avec images de synthèse, entre les 11° et 17° siècles. En 1954 un barrage a été construit en amont, entraînant la création d’un lac artificiel au pied du château, protégé par sa situation en hauteur sur un éperon rocheux. Encore une fois, le fantôme de Jean Marais rôde dans les parages : certaines scènes du Capitan furent tournées là en 1960.
Pour des raisons techniques, le lac fut vidé en 1973, ce qui permit, avant un second remplissage, de récupérer certains vestiges d’habitations immergées vingt ans plus tôt. Certains ont été exposés et mis en évidence au 3° étage du château. Mais surtout, une série de photos en noir et blanc retrace la chronologie des évènements, de façon un peu mélancolique.
(Maquette du Château)
(la vielle m’a encore une fois rappelé l’histoire du Jongleur à l’Etoile, de P.J. Bonzon)
Nous avons ensuite continué vers les villages de Trizac et Riom :
Au retour, nous avons encore fait un détour, au hasard, vers le village d’Apchon et les ruines de son vieux château. Au départ nous avons essayé d’y monter en voiture, ce qui nous a fait aboutir dans un cul-de-sac impossible qui a donné des sueurs chaudes à TiNours : j’ai pris le volant pour faire la manœuvre de demi-tour, dans une rue étroite au bord d’un « précipice ». Je suis peu sujet aux vertiges, Dieu merci. Deux maçons du coin, un peu goguenards, nous ont ensuite indiqué la route à suivre pour trouver le chemin des ruines du château, mais à pied, en nous garant au bas de la colline. L’ascension dans la rocaille était un peu vertigineuse là aussi, mais la beauté du panorama, bien plus que les vestiges, valait largement la peine :
En repartant, nous avons fait une halte par l’église du village, qui par chance était encore ouverte, à 19h15. La vieille dame qui s’en occupe était en retard pour la fermeture, coup de chance pour nous. Elle arrivait justement et a gentiment accepté d’attendre quelques minutes pour que nous prenions quelques photos du retable baroque :
Pour finir, nous sommes revenus à la maison par la Vallée de la Cheylade, en passant par le col de Serre, à 1364 mètres d’altitude, pour mieux apprécier le jour qui descendait sans se presser, tout comme nous...
00:15 Publié dans Vacances, Voyage | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
16.05.2011
Examens, jeux de vilains
TiNours me montre hier soir, au moment de se coucher, un petit SMS de Nattie qu’il a reçu dans la soirée sur son portable :
« J’ai raté. Life’s a bitch ! »
Nattie prépare l’agreg. L’année dernière, elle n’avait pas franchi le cap de l’écrit. Cette année, grâce à un travail acharné, et le sacrifice de tous ses samedis, elle avait eu la chance (en même temps que l’angoisse) d’être convoquée pour l’oral.
Les examens font partie des choses qui m’ont marqué, me marquent, me marqueront à vie. Depuis mon échec en médecine, je ne m’en suis pas remis, et même mes succès ultérieurs n’ont pas effacé l’impression de terreur qu’ils ont toujours laissé sur moi. J’en rêve régulièrement. Je repasse, des écrits, des oraux, je ne sais rien, ma feuille est désespérément blanche, j’ouvre la bouche devant des jurys d’examinateurs et rien ne sort. Je tombe sur un sujet que je n’ai pas révisé. C’est un cauchemar tellement récurrent que je m’y suis presque habitué, et quelque part j’ai un réflexe mental. Au moment où la panique monte trop haut, avant que le cœur ne se mette à battre trop fort, que j’aie des sueurs froides, hop, j’appuie sur un neurone, et je me réveille.
Bien sûr, j’avais régulièrement rêvé de Nattie au cours des dernières semaines.
Je lui ai renvoyé un SMS : « Jamais désespérer... Toujours regarder le ciel... Next year will be the right one. »
Des banalités. Mais j’aime trop Nattie pour laisser son message sans réponse. J’aime son courage, sa ténacité, son côté « grande gueule », toujours prête qu’elle est à défendre ses amis, sur notre lieu de travail.
Elle aurait mérité d'avoir le concours. Mais la vie, qui est effectivement une belle salope, se fout de savoir qui est méritant ou pas.
(Cette note avait été rédigée le mardi 3 mai, quand nous étions encore dans le Cantal)
19:50 Publié dans Les états d'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : agrégation, copains, nattie
Visite à la ferme
Mardi 03 mai
Comme prévu, la pluie tambourinait sur notre toit en soupente lorsque nous nous sommes réveillés ce matin. Mais nous avions été prévenus par le bulletin météo, nous avons donc organisé notre journée en prévision :
Le matin, visite de Murat, qui est une bourgade moulée entre trois hauts rochers, résultats de l’activité volcanique de la région (...enfin, à une époque reculée) : Bonnevie, Bredons et Chastel. Nous en avons gravi deux sur les trois.
La chapelle de Bredons est située donc au sommet d’un rocher. Le prieuré et le cloitre ont été démolis à la révolution. Seule l’église, trapue, ramassée et massive, en a réchappé. De loin, elle est nimbée d’un certain charme romantique (surtout dans la brume, et dans le flou artistique –bien involontaire, vous vous en doutez- de ma photo) mais de près, on ne lui a pas trouvé grand intérêt, sinon à son portail de style roman. D’autant qu’elle ne se visite qu’en été, au grand dam d TiiNours qui a essayé d’ « espintcher » à l’intérieur sans rien en distinguer.

(photo internet)
(Photo Lancelot, y a pas photo par rapport à la précédente)
(TiNours frustré devant un portail roman méchamment clos)
Murat a un certain côté élégant dû à son passé médiéval, mais son aspect un peu austère l’emporte, surtout par temps d’orage. Bon, en fin de matinée, on n’avait à déplorer d’orageux que le ciel.
A midi, nous avons fait halte dans un petit troquet au nom poétique « l’Arome Antique » où nous avons fait un excellent repas « à la planche » avec un assortiment de fromages et de charcuteries du cru, ce qui nous a rappelé la vinacothèque de Syracuse.
Puis nous avons héroïquement gravi le second rocher près de la ville : celui de Bonnevie. Pourquoi « héroïquement » ? Parce que, outre le fait que l’escalade se faisait sur un chemin terriblement pentu, la pluie avait concrétisé les menaces du ciel ! Une grande statue de la vierge s’élève au sommet. Nous n’avons pas pris le temps de la saluer comme il se doit. Juste pris quelques photos d’un paysage doublement intéressant, à cause de l’altitude et de la météo :
Et puis, nous nous sommes rendus à Coltines, à une dizaine de kilomètres de là, pour visiter l’Ostal de la Marissou, ou Maison de l’agriculture auvergnate. Dans une petite ferme du XVII° restaurée, une division des lieux a été créée suivant le thème des saisons : au rez-de-chaussée, l’hiver est évoqué, avec photos de congères de neige, évocation d’activités qui peuvent se faire au coin du feu. Puis on passe à côté à l’étable, où étaient gardées les bêtes (vaches de la race Salers, principalement, la Salers à longues cornes étant la variété régionale). On accède ensuite, au premier étage, au printemps, avec explication de la fabrication du fromage. Une particularité de la Salers est qu’elle donne moins de lait qu’une vache ordinaire (7 litres en moyenne contre 10 à 12 litres par jour) et qu’on ne peut utiliser une trayeuse sur elle (elle ne se laisse traire par un homme que lorsque l’on place son veau près d’elle pour « amorcer » le processus. Voilà pourquoi le fromage Salers est plus cher que le Cantal classique !
Enfin, toujours au premier étage, on passe aux activités d’été, avec revue des divers outils et machines utilisés pour les moissons. En automne, on transforme l’épi en pain et on lance les semailles pour la prochaine récolte : la boucle est bouclée !
Nous avons vraiment pris beaucoup de plaisir à cette visite guidée par une jeune fille avenante, simple et aimable. Par hasard, nous nous sommes retrouvés au milieu d’un groupe d’une douzaine d’enfants (venus de la région parisienne), d’une politesse et d’une sagesse exemplaires, posant questions, prenant des notes. Ils étaient aussi très intelligents et cultivés, sachant répondre de façon précise à des questions sur l’agriculture et les arbres. Un vrai bonheur. J’ai eu honte d’avoir fait la grimace au départ en apprenant que la visite se ferait en leur compagnie.
Le maire du village est aussi venu compléter les explications, visiblement passionné qu’il était par le sujet. Il nous a notamment raconté l’histoire de l’un des paysans figurant sur les photos de l’exposition, Eugène. Il avait travaillé pendant 20 ans avec deux bœufs, Verdun et Clairon. Mais Verdun s’est cassé la patte un soir dans l’étable, on a donc été obligé de l’euthanasier. Son acolyte est devenu lunatique et n’a plus pu supporter la vie, il est donc mort quelques semaines plus tard. Eugène n’a pas survécu non plus à la mort de ses deux animaux, qui pour lui représentaient tout : son travail, sa vie. Il est décédé il y a quatre ans. On le voyait parlant avec émotion et affection de ses bêtes, dans un petit film en fin d’exposition. Tous les enfants et adultes présents ont gardé un silence respectueux pendant cinq secondes à la fin du court-métrage, avant d’éclater en applaudissements émus.
11:38 Publié dans Loisirs, Vacances, Voyage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : murat, bredons, bonnevie, salers, coltines



